Dialogue DIALOGUE & ANTILOGUE
LA MÉTHODE BILLINGS : ASPECTS ÉCOLOGIQUES ET ÉTHIQUES

 

Par Franck Jullié

  1. Billings et l’écologie

La méthode Billings dite méthode naturelle de régulation des naissances est susceptible d’intéresser le milieu écologiste. Que nous inspire cet intérêt ?

Il importe premièrement de bien définir les mots employés.

Nous entendons par écologiste une personne qui attache une importance particulière aux questions environnementales et à la défense de la nature au nom d’une certaine philosophie de la technique, de la dénonciation des abus par des gouvernements ou des industriels dans l’exploitation des ressources naturelles, d’une inquiétude devant l’utilisation de l’énergie nucléaire ou de produits issus de la chimie de synthèse, d’une articulation entre l’artificiel et le naturel, enfin souvent d’une idéologie philosophico-politique.

Or force est de constater que si beaucoup sont prêts à défendre la nature, peu de gens sont prêts à défendre la création.

C’est donc que les présupposés dans lesquels s’enracine leur combat écologique divergent des nôtres.

Si notre vision du monde s’enracine dans le schéma biblique création-chute-rédemption, leur vision participe souvent d’un athéisme sur fond d’évolutionnisme et de rationalisme athée ou de panthéisme diffus.

Notre vision est celle d’un mandat créationnel reçu en Genèse (Gn 1.28-29, 2.15,19) qui débute dans le jardin d’Eden et qui s’achève dans une cité, la Jérusalem céleste.

Notre processus civilisationnel, l’établissement du Royaume de Dieu et sa civilisation de l’amour, sa philosophie de la technique et son écologie s’enracinent dans une éthique biblique, expression du mandat créationnel reçu par l’homme, créature créée à l’image de Dieu (Gn 1,26-27).

Est-ce à dire qu’il ne faut plus parler de « nature » ?

L’apôtre Paul emploie l’expression phusis / φύσις en Romains 1, 25-26 : Mais il est à remarquer que ce passage s’inscrit dans une référence explicite au Créateur.

26 … αι τε γαρ θηλειαι αυτων μετηλλαξαν την φυσικην χρησιν εις την παρα φυσιν

26 … car les femmes parmi eux ont changé l’usage naturel en un autre qui est contre nature.

27 ομοιως τε και οι αρρενες αφεντες την φυσικην χρησιν της θηλειας …

27 De même aussi, les hommes, laissant l’usage naturel de la femme …

Selon que notre interlocuteur, créature, accepte son Créateur ou pas, notre langage lui est compréhensible ou pas. Parler d’écologie humaine ne résout pas la difficulté.

Cette technique verbale ne nous économisera pas la nécessité de rappeler à nos interlocuteurs l’autorité du Créateur dans leurs vies. Nous sommes là sur le terrain du combat spirituel. Le marketing verbal est inutile.

Pourquoi ne pas parler dans ce cadre de méthode conforme à l’ordre créationnel de la sexualité humaine ou de méthode naturelle conforme à l’ordre de Dieu Créateur dans le domaine de la sexualité conjugale ?

Nous éviterons la difficulté de présenter une méthode bonne à des personnes qui ne reconnaissent pas leur état de péché et qui pourraient, en raison de la loi du péché qui agit en eux, avorter un enfant survenant suite à une négligence dans le suivi de la méthode.

Il nous faut discerner les présupposés de nos interlocuteurs.

Nous courrions le risque de présenter la méthode qui serait comprise comme une méthode de contraception naturelle.

Car le problème de l’enseignement de la méthode n’est pas sa bonne compréhension technique, mais plus fondamentalement l’obéissance à la loi de Dieu dans l’ordre de la sexualité conjugale.

Le problème n’est pas la compréhension mais l’obéissance… La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse (Pr 9.10).

 

  1. Billings est-il un légalisme ?

Un nouveau légalisme ?

L’application des 4 règles de la méthode n’est-elle pas la réintroduction d’un légalisme dans la vie chrétienne ?

Aurions-nous échappé aux prescriptions des rituels mosaïques pour voir notre sexualité mise sous la tutelle de 4 nouvelles ordonnances ? D’autant que nous savons que la loi excite le péché en nous (Ro 7.7-14) !

Dit autrement : la méthode ne nous ramène-t-elle pas à un légalisme qui peut bloquer la vie de l’Esprit ?

Que peut-on répondre à cette objection ?

La grâce et la loi

La grâce, contrairement au discours d’une théologie existentialiste qui oppose grâce et loi, n’abolit pas les commandements de Dieu mais nous donne la capacité de nous soumettre à Son gouvernement.

La justification par la foi, si elle est gratuite pour nous (Ro 4.5 ; 5.1,9), a coûté très cher au Seigneur : le sang de la Croix.

On ne doit pas opposer la grâce et la loi. La grâce nous donne la capacité d’accomplir la loi, ce que le péché (la nature du péché ; Paul utilise un singulier quand il parle de la nature du péché, un pluriel quand il s’agit des actes produits par cette nature) nous interdisait.

Fort bien, me direz-vous. Mais n’échappons-nous pas au régime de la loi parce que nous sommes crucifiés en Christ ?

Romains 6.3,6,8 déclare :

3 Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés (εβαπτισθημεν / immergés) en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort?

6 Sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui

8 … nous sommes morts avec Christ

 Or la loi ne s’applique que tant que nous sommes vivants (Ro 7.1).

Et nous sommes délivrés de la loi par la crucifixion du Christ (Ro 7.4,6).

Nous ne sommes plus en Adam, mais en Christ.

Nous sommes donc placés dans une nouvelle économie, un nouveau régime, la « loi de l’Esprit de vie ». (Ro 8.2).

Comment s’articule cette nouvelle loi, celle de l’Esprit de vie, avec la méthode Billings ?

La loi de l’Esprit de vie et l’anthropologie biblique

Il nous faut d’abord dire ce qu’est l’homme.

L’anthropologie biblique est tripartite. L’homme est esprit, âme et corps.

1 Th 5.23 : « … que tout ce qui est en vous, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible pour l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ».

En faisant travailler le dictionnaire interne de la Bible (the built-in dictionary pour reprendre une expression anglo-saxonne), nous définissons les concepts de la Bible par la Bible, sans recours aux sciences profanes.

Dans ce cadre, l’âme (nephesh en hébreu, psyché/ψυχη en grec) comprend l’intelligence, les sentiments, la volonté. Elle est le siège de la personnalité, du moi et de la conscience de soi.

L’esprit (le souffle, rouah en hébreu, pneuma/πνεῦμα en grec) comprend les facultés de communion spirituelle avec l’Esprit de Dieu, d’intuition et de conscience immédiate du bien et du mal.

 Le concept du cœur dans la Bible doit être reprécisé. Le romantisme et certains courants philosophiques ont rendu obscur ce que la Bible entend par « cœur ».

Le cœur est le lieu de rencontre entre l’âme et l’esprit, entre la conscience (esprit) et l’intelligence (âme). Et la Parole de Dieu joue un rôle clef dans la distinction de la puissance de l’âme de celle de l’esprit en communion avec l’Esprit de Dieu.

Hé 4.12 : « Car la parole de Dieu est vivante et efficace, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants; elle atteint jusqu’au fond de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles, et elle juge des pensées et des intentions du cœur ».

De ce point de vue, la philosophie hégélienne a introduit une confusion en assimilant l’esprit à l’intelligence. On discerne également la confusion introduite par Nietzsche avec les forces apolliniennes et dionysiaques dans lesquelles Freud a trouvé sa topique.

Quant à la chair elle peut désigner plusieurs réalités dans la Bible. Si elle peut décrire les parties molles du corps, Paul l’emploie comme l’association de l’âme et du corps opposée aux injonctions de notre esprit renouvelé.

Dans quelle dynamique sommes-nous alors placés ?

Celle du renouvellement de notre intelligence/νοος (Ro 12.2 ; Ep 4.23) et du rétablissement de notre esprit comme centre de direction de notre vie.

1 Co2.14,15 :

14  L’homme psychique / ψυχικος n’accueille pas ce qui est de l’Esprit de Dieu : c’est folie pour lui et il ne peut le connaître, car c’est spirituellement qu’on en juge.

15  L’homme spirituel / πνευματικος, au contraire, juge de tout, et lui-même n’est jugé par personne.

La loi de l’Esprit de vie est donc conforme à l’intégration de l’ordre du corps dans une réalité psycho-spirituelle où l’âme exprime devant son Créateur la dimension unitive ou procréative de la sexualité conjugale.

La sexualité s’inscrit donc dans une nouvelle loi, celle de l’Esprit de vie, qui prend sa source dans notre esprit régénéré par l’Esprit, pour que « tout ce qui est en vous, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible … » (1 Th 5.23).

La loi de l’Esprit de vie nous permet d’exercer nos facultés renouvelées : notre esprit vivifié et notre conscience éclairée dans l’exercice de ses intuitions, notre pensée renouvelée et son travail discursif, nos émotions purifiées ouvrent une nouvelle dynamique et tracent un chemin (Jn 14.6).

Christ en nous et nous en Christ

Il y a dans la méthode Billings comme dans la vie chrétienne une dimension objective et une dimension subjective.

Notre position en Christ, position objective, doit se traduire subjectivement.

Notre attitude par rapport à la méthode Billings n’échappe pas à ce double positionnement.

Le péché peut se manifester dans le rejet et une incompréhension de la méthode objective comme dans une difficulté subjective à se l’approprier, même si nous sommes rationnellement et éthiquement convaincus de sa pertinence.

Notre identité en Christ prend alors tout son sens car nous savons alors que nous sommes morts au péché, que notre vieil homme a été crucifié et que le péché ne dominera pas sur nous.

L’apôtre nous décrit les étapes de ce passage de la réalité objective à la réalité subjective dans son épître aux Romains : 1 – savoir, 2 – se considérer comme, 3 – se donner … se consacrer, 4 – marcher.

Ro 6.6,9,11,13 :

6 Sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui …

9 Sachant que Christ …

11 Et vous de même, considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus.

13 Et ne livrez point vos membres au péché, pour servir d’instruments d’iniquité; mais donnez-vous à Dieu, comme étant devenus vivants, de morts que vous étiez, et consacrez vos membres à Dieu, pour être des instruments de justice.

Ro 8.1,2

1 Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, qui marchent, non selon la chair, mais selon l’esprit;

2 Parce que la loi de l’esprit de vie qui est en Jésus-Christ, m’a affranchi de la loi du péché et de la mort.

 Ep 5.8

8 Car vous étiez autrefois ténèbres, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur; marchez donc comme des enfants de lumière.

Dans ce sens, la grâce ne nous soustrait pas au commandement de Dieu, mais nous rend capables objectivement et subjectivement d’obéir à la norme de Dieu dans l’ordre de la sexualité.

 

Eric Kayayan
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