LA NATURE DU DÉCALOGUE

Les dix commandements, ou Décalogue, forment le noeud central, la colonne vertébrale de la Loi que Dieu a donnée au peuple d’Israël par l’intermédiaire de Moïse, il y a plus de trois mille ans. On les trouve exprimés pour la première fois dans le second livre de la Bible, l’Exode, au chapitre vingt, puis une seconde fois au cinquième chapitre du livre du Deutéronome.  Il y a dans la  Loi des règles cérémonielles qui ont trait à la pureté du peuple appelé à se purifier devant Dieu (règles d’hygiène, ou sacrifices d’expiation, surtout au livre du Lévitique); des règles civiles qui ont pour but le maintien de la vie en société et l’établissement de la justice civile et sociale (notamment au livre du Deutéronome); enfin des prescriptions d’ordre moral quant aux relations que chacun doit entretenir avec Dieu et son prochain.

Les dix commandements concernent plus particulièrement les second et  troisième aspects énoncés ci-dessus.  On les divise généralement en deux tables: la première comprend les quatre premiers commandements, qui ont directement trait à la manière dont Dieu ordonne que les hommes lui rendent un culte. La seconde, qui va du cinquième au dixième commandement, concerne la manière dont Dieu ordonne que les hommes se comportent les uns vis-à-vis des autres.  Mais il est évident que la première table a des implications pour la vie des hommes entre eux, et que de la même manière la seconde table a trait à la relation entre Dieu et son peuple.  Par exemple, le septième commandement, qui interdit d’adultère, indique que le mariage reflète la relation de fidélité qui doit exister entre Dieu et son peuple. C’est cette relation que les prophètes de l’Ancien Testament, et à leur suite le Christ et ses apôtres dans le Nouveau Testament, n’auront de cesse de rappeler.

Le premier commandement déclare : Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face.  En tant qu’il exclut d’emblée toute forme d’idolâtrie, il s’enchaîne directement et logiquement avec le second commandement.  Celui-ci défend de se fabriquer une image (sous forme de sculpture ou autre) représentant une créature ou un aspect de la réalité créée, afin de se prosterner devant elle et de l’adorer ou la vénérer en l’identifiant d’une manière ou d’une autre à Dieu, qui est  esprit et n’est pas visible à l’œil nu. Certes le Créateur se rend parfaitement visible dans toute l’oeuvre de sa Création, et il s’y fait reconnaître par la perfection de ses œuvres, mais il demeure totalement Transcendant par rapport à elle, il ne se confond jamais avec elle, ni en tout ni en partie. Comme le rappellera un jour Jésus à la femme samaritaine rencontrée au puits de Sychar, à la sortie d’un village de Samarie : Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité (Jean 4:24).  Il existe donc un lien organique entre le premier et le second commandement.  Violer le second signifie automatiquement violer le premier.

Ce deuxième commandement est à son tour suivi de manière logique par le troisième, qui défend de prendre le nom de Dieu en vain, dans un serment ou autrement, ce qui est une atteinte à sa sainteté, à son honneur et à sa gloire. S’il n’est aucunement permis de se fabriquer des représentations visuelles du Dieu invisible, ce qui le rabaisserait au rang de créature, il ne peut certes jamais non plus être question de prendre son nom à la légère et de l’associer avec nos propos frivoles voire mensongers.  Du reste le troisième commandement déclare que l’Éternel ne laissera pas impuni quiconque prendra son nom en vain.  On retrouve d’ailleurs cette exigence dans la toute première demande du Notre Père, la prière enseignée par Jésus à ses disciples: Que ton nom soit sanctifié (Matthieu 6:10). Cette demande précède les autres car elle conditionne la présentation au Père céleste de toutes les autres demandes.  On ne saurait demander à Dieu de nous donner notre nourriture quotidienne ou de pardonner toutes nos fautes si l’on prend son nom à la légère. A tout le moins, on n’a dans un tel cas aucune raison de s’attendre à ce que Dieu exauce nos demandes.

Le lien entre les deux tables du Décalogue apparaît aussi avec le dernier commandement, qui interdit de convoiter le bien de son prochain.  Convoiter, c’est-à-dire vouloir s’approprier de son bien, même si c’est en pensée secrète, c’est élever au rang d’idole ce que désirent nos pensées perverses. C’est donc non seulement se mettre sur la voie du vol de son prochain (ce qu’interdit le huitième commandement Tu ne commettras pas de vol) mais aussi violer le premier commandement puisqu’on se laisse gouverner et dominer par une pensée qui remplace Dieu, sa sainteté et sa justice.

Un trait important doit être signalé : la manière dont ces commandements sont introduits.  Dieu commence par dire: Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir d’Égypte, du pays où tu étais esclave. Il se présente à son peuple comme un Dieu libérateur. C’est lui qui va énoncer les préceptes qui doivent diriger la conduite de son peuple. Par ailleurs ces préceptes sont donnés comme un signe de la libération accomplie par Dieu.  Ce n’est pas parce que les Israélites ont obéi à cette loi, que Dieu les a délivrés de l’esclavage, mais c’est au contraire parce que Dieu les a libérés par sa Grâce toute puissante, qu’ils peuvent maintenant vivre en hommes et femmes libres, en suivant ces commandements.

La Loi de Dieu est donc tout le contraire d’un instrument d’oppression: elle est la règle de conduite d’hommes et de femmes libérés de l’esclavage, et reconnaissants envers Dieu qui a opéré cette libération.  Ils demeureront libres s’ils obéissent à cette Loi parfaite, qui exprime la sainteté de Dieu, c’est-à-dire sa perfection. Comme l’écrit l’apôtre Paul dans sa lettre aux Chrétiens de Rome (7 :12): La loi est sainte, et le commandement saint, juste et bon. Tout au long du psaume cent-dix neuf, le plus long de l’Ancien Testament, l’auteur proclame la perfection de cette loi.  Il commence par ces paroles (versets 1 à 8): Heureux ceux qui sont intègres dans leur voie, qui marchent selon la loi de l’Éternel!  Heureux ceux qui gardent ses préceptes, qui le cherchent de tout leur coeur!  Certes ils ne commettent pas d’injustice, ils marchent dans ses voies.  Tu as promulgué tes statuts, pour qu’on les observe avec soin.  Puissent mes voies être bien réglées, afin que j’observe tes prescriptions!  Alors je n’aurai pas honte, en considérant tous tes commandements.  Je te célèbrerai dans la droiture de mon coeur en étudiant les ordonnances de ta justice.  Je veux observer tes prescriptions: ne m’abandonne pas entièrement!  

 Les versets 44 et 45 du psaume 119 lient la Loi de Dieu à la vraie liberté: J’observerai ta Loi sans cesse et pour toujours, alors je pourrai vivre dans la vraie liberté, car j’ai à coeur de suivre tes préceptes. Pour le verset 72, elle surpasse en valeur les plus grandes richesses: La loi que tu as édictée est pour moi plus précieuse que mille objets d’or ou d’argent. Plus loin le verset 92 nous la présente comme l’objet de délices: Si ta loi n’avait fait mes délices, j’aurais alors péri dans mon malheur.  Le verset 97 en parle avec amour: Combien j’aime ta loi! Elle est tout le jour ma méditation.  Le verset 142 en fait la source de la vérité: Ta justice est une justice éternelle, et ta loi est la vérité. En temps de persécution, déclare le verset 161, c’est la parole divine qui doit être crainte et respectée, et non les persécuteurs: Des princes me persécutent sans cause; mais mon cœur ne tremble qu’à ta parole.  Au verset 165 elle est d’ailleurs un instrument de paix: Il y a beaucoup de paix pour ceux qui aiment ta loi, et rien ne les fait trébucher.

Le psaume 119 termine par un cri du cœur du psalmiste qui implore la délivrance de l’Éternel car il veut fonder sa vie sur le fondement inébranlable de la Parole divine: Que ta main vienne à mon secours ! Car j’ai choisi tes statuts. Je soupire après ton salut, ô Éternel ! Et ta loi fait mes délices.  Que mon âme vive et qu’elle te loue ! Et que tes jugements me secourent ! Je suis errant comme une brebis perdue : cherche ton serviteur ! Car je n’oublie pas tes commandements.

 Dans l’Ancien Testament, un autre psaume, le psaume 19, magnifie aussi la perfection de la Loi de Dieu, après avoir magnifié les œuvres de sa Création (versets 8-9): La loi de l’Éternel est parfaite, elle restaure l’âme ; le témoignage de l’Éternel est véridique, il rend sage le simple.  Les ordres de l’Éternel sont droits, ils réjouissent le cœur.  Le commandement de l’Éternel est limpide, il éclaire les yeux.

Il nous reste néanmoins à nous demander si l’homme en état de Chute, de déchéance morale, est par lui-même capable d’obéir parfaitement à cette Loi parfaite, ou bien s’il la viole quotidiennement et continuellement, se rendant constamment coupable devant le Législateur divin.  Mais si tel est le cas, existe-t-il sur terre un remède efficace qui puisse le restaurer dans cette obéissance et cette perfection?

Eric Kayayan
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