Dialogue DIALOGUE & ANTILOGUE
L’EXISTENCE HISTORIQUE DE JÉSUS-CHRIST: EN DOUTER OU Y CROIRE?

Jésus Christ a-t-il vraiment existé?  Question bien sûr volontairement provocatrice sur un site comme celui de Foi et Vie Réformées. Mais a-t-elle même un sens, puisque des millions de croyants de par le monde croient en la personne et l’oeuvre de Jésus-Christ?  Il nous faut pourtant la poser, car si nous ne pouvons avoir une certitude raisonnable que Jésus-Christ a bel et bien existé, notre foi en son oeuvre et en sa personne n’a aucun sens.  Elle ne repose alors que sur un mythe forgé par d’habiles experts en manipulation religieuse.  Comme c’est justement ce que prétendent à répétition un grand nombre d’ennemis de la foi chrétienne, je souhaite relever le défi et entrer dans le vif du débat afin que mes lecteurs puissent disposer des éléments qui leur permettront de juger par eux-mêmes.

De quels documents, de quelles sources disposons-nous pour affirmer que Jésus-Christ a bien existé?  Il nous faut des témoignages directs de personnes ayant vécu à son époque, l’ayant côtoyé.  Il nous faut des textes de l’époque (c’est-à-dire vieux de quelque deux mille ans déjà) provenant d’origine différente et qui se recoupent suffisamment pour prouver cette existence.  Or nous disposons, bien sûr, des quatre récits qu’on appelle “évangiles”, et qui sont regroupés dans la deuxième partie de la Bible chrétienne, à savoir  le Nouveau Testament. Ce sont les textes les plus complets qui nous parlent de Jésus-Christ.  Étant donné qu’il sont cités par d’autres écrits dès la fin du premier siècle, ils leur sont nécessairement antérieurs.  Ce ne sont pas à proprement parler des biographies de Jésus, car ils laissent dans l’obscurité beaucoup de détails (concernant par exemple la jeunesse de Jésus, ou sa description physique).  De plus les évangiles sont des textes engagés, qui ont une portée théologique et qui maintiennent et cherchent à propager un point de vue de croyant sur la personne de Jésus-Christ.  Leur témoignage peut-il donc être accepté comme tel?  Ces documents uniques dans leur style et dans leur genre littéraire sont-ils des preuves historiques fiables de l’existence de Jésus?  Je laisse cette question pour le moment, et vous invite à poursuivre notre recherche d’autres sources, citations et documents qui nous aideront à trouver une réponse à la question posée.

Il y a deux mille ans, les territoires situés au bord de la mer Méditerranée étaient dominés, politiquement et militairement, par les Romains, qui avaient peu à peu étendu leur empire sur une zone très vaste, allant de l’Arménie, à l’est, jusqu’à l’Espagne et l’Angleterre à l’ouest.  Or les Romains ne tenaient pas le monde juif en grande estime.  La province de Judée, soumise militairement durant le premier siècle avant notre ère, était certes très turbulente, et sa religion, la foi en Jahweh, le Dieu unique, avait certes fait beaucoup d’adeptes, de prosélytes, au sein de l’empire romain.  Il n’en reste pas moins vrai que la Judée était une toute petite province dans l’empire.  Les historiens romains ne s’y intéressaient pas outre mesure, ni à ses habitants.  En dépit de ce fait,  la mention de Christ et des premiers chrétiens apparaît bel et bien sous la plume de certains d’entre eux qui vivent et écrivent vers la fin du premier siècle de notre ère, et durant le premier quart du second siècle.  Ainsi, dans sa Vie de Claude, l’historien Suétone mentionne l’expulsion des Juifs de Rome sous le règne de l’empereur romain Claude, et il en explique la raison: Claude expulsa les Juifs de Rome à cause de leurs continuelles querelles sur l’instigation de Chrestus.  Il y a peu de doutes que le nom “Chrestus” soit mis pour “Christus”, c’est-à-dire Christ.  Il y a peu de doutes aussi que les controverses entre juifs et chrétiens qui secouaient Rome aient été à l’origine de cette expulsion.  On trouve dans le Nouveau Testament une mention de cet édit de l’empereur Claude, au livre des Actes des Apôtres, chapitre 18: Paul trouva [dans la ville de Corinthe] un Juif du nom d’Aquilas, originaire du Pont, récemment arrivé d’Italie avec sa femme Priscille, parce que Claude avait ordonné à tous les Juifs de s’éloigner de Rome.  

A l’empereur Claude succéda Néron.  En l’an 64, la rumeur populaire accusa ce dernier d’avoir fait brûler sa propre capitale, Rome, pour jouir du spectacle et la faire reconstruire à son gré.  Pour se dédouaner de cette accusation, Néron accusa les chrétiens d’être à l’origine de cet incendie gigantesque.  L’historien romain Tacite décrivant cet événement dans ses Annales (XV, 44), ajoute ce qui suit: Christ, dont [les chrétiens] tiraient leur nom, avait été puni de mort sous le règne de [l’empereur] Tibère, et ce aux mains de l’un de nos procurateurs, Ponce Pilate. Or une superstition des plus malignes momentanément arrêtée de cette manière, se répandit de nouveau non seulement en Judée, la première source du mal, mais jusqu’à Rome, où se concentrent toutes les choses honteuses et hideuses venant du monde entier, qui y deviennent populaires. En conséquence on arrêta tous ceux qui plaidèrent coupable.  Puis, sur les informations fournies par ceux-ci, une immense multitude fut condamnée, non pas tant pour le crime d’avoir mis le feu à la ville, que pour celui de haine envers l’humanité.

Soit dit en passant, une inscription découverte en 1961 lors de fouilles archéologiques effectuées par une équipe italienne sur le site  du théâtre de Césarée (ville mentionnée à plusieurs reprises dans le livre du Nouveau Testament les Actes des Apôtres), mentionne le nom du Pilate, en conjonction avec celui de Tibère.  C’est d’ailleurs le seul vestige archéologique de ce préfet de l’empire romain sous le règne de Tibère, qu’on ait retrouvé à ce jour.  Mais, pour revenir à l’historien Tacite,  qu’aurait-il  dit s’il avait su que quelque trois cents ans plus tard, le Christianisme, qu’il méprisait comme n’étant qu’une superstition honteuse et hideuse,  deviendrait la religion officielle de l’empire romain?!  Quoi qu’il en soit, ce qu’il nous faut admettre, c’est que même s’il n’y avait que ce passage de l’historien non chrétien Tacite nous mentionnant l’existence de Jésus-Christ, nous n’aurions pas de raisons valables de douter de cette existence.  Tacite est reconnu par tous les spécialistes comme historien sérieux, sélectionnant avec soin les sources sur lesquelles il s’appuie. La date de l’exécution de Jésus nous est fournie avec un certain degré de précision: sous le règne du second empereur romain, Tibère, et lorsqu’un procurateur, ou préfet, répondant au nom de Ponce Pilate, gouvernait la Judée pour le compte de l’empire romain. Notons que ces renseignements concordent parfaitement avec ceux que l’on trouve dans les évangiles, comme par exemple au début du chapitre 3 de l’évangile selon Luc.  Les événements narrés par Luc se déroulent, selon ses propres mots “la quinzième année du règne de Tibère César, -alors que Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, son frère Philippe tétrarque de l’Iturée et du territoire de la Trachonite, Lysanias tétrarque de l’Abilène, et du temps des souverains sacrificateurs Anne et Caïphe.” 

Un autre écrivain romain, Pline le Jeune, qui était aussi un haut fonctionnaire de l’empire romain, écrit à l’empereur Trajan vers l’an 111. Il lui décrit les pratiques et l’adoration des premiers chrétiens, signalant qu’ils ont l’habitude de se réunir avant l’aube un certain jour de la semaine, et de chanter en alternance des versets à Christ comme à un Dieu.

Mais intéressons-nous maintenant à la littérature juive non chrétienne du premier siècle.  La conséquence de la révolte des Juifs contre les Romains vers l’an 66, fut la destruction de Jérusalem par les armées romaines. Avec elle quasiment tous les écrits juifs ayant pu porter sur le sujet qui nous intéresse, disparurent.  La source la plus importante après l’an 70 demeure incontestablement l’historien juif Flavius Josèphe, qui fut d’abord un général juif luttant contre les Romains, avant d’être fait prisonnier par eux et de passer à leur service.  Flavius Josèphe était membre du parti des Pharisiens, et le resta tout au long de sa vie, même après être passé dans le camp des Romains.  Il demeura toujours très loyal vis-à-vis de la religion juive, qu’il voulut expliquer et défendre dans ses écrits.  Dans son ouvrage historique intitulé “Les Antiquités Juives” (au livre 18, chapitre 3) on lit le paragraphe suivant: “A peu près à cette époque apparut Jésus, un homme sage, si toutefois il est permis de l’appeler homme, car il accomplissait des oeuvres merveilleuses et était un enseignant pour ceux qui reçoivent la vérité avec plaisir.  Il attira à lui beaucoup de Juifs et aussi beaucoup de Grecs.  Il était le Christ.  Et quand Pilate, à l’instigation des chefs principaux parmi nous, le condamna à être crucifié, ceux qui l’avaient aimé dès le début ne cessèrent pas de le faire, car il leur apparut vivant le troisième jour, ce que les prophètes avaient prédit auparavant, avec dix mille autres choses merveilleuses le concernant.  Et même aujourd’hui, la tribu des Chrétiens, nommés après lui, n’a pas disparu.”  Les écrits de Flavius Josèphe furent dès le départ préservés, et même chéris, par les chrétiens, car pour les Juifs, il était un rénégat, passé au service de l’ennemi, l’empereur romain.  C’est la raison pour laquelle il existe une opinion répandue selon laquelle le passage sur Jésus que je viens de lire a été rajouté par des chrétiens de l’époque primitive au texte de Flavius Josèphe.  Ce passage ne serait donc pas authentique.  Il est tout à fait possible que ce soit effectivement le cas, mais on ne peut pas non plus le prouver.  Plus vraisemblablement, on peut penser que Josèphe a effectivement mentionné quelques faits marquants de l’existence de Jésus-Christ, et qu’une main ultérieure y a rajouté la confession de Jésus comme Messie telle qu’elle figure dans le texte dont nous disposons.  A tout le moins, on peut dériver les faits suivants du témoignage de Flavius Josèphe: Jésus a bien existé, il a accompli des miracles et a rassemblé des disciples autour de lui, mais il a dû payer le prix de toutes ses innovations par la mort sur une croix.  Par ailleurs, notons que Flavius Josèphe mentionne encore le nom de Jésus lorsqu’il parle de la manière dont le grand-prêtre du Temple de Jérusalem fit exécuter Jacques, qu’il décrit comme étant le frère de Jésus, qu’on appelait le Christ.

Dans la littérature juive ultérieure, on trouve une masse d’allusions à Jésus sous la plume des rabbis, qui, en résumé, parlent de lui de la manière suivante: On sait avec certitude que son nom était Yeshua de Nazareth et qu’il pratiquait la sorcellerie (c’est-à-dire qu’il accomplissait des miracles); il a trompé Israël et l’a fait dévier de la bonne voie.  Il se moquait des paroles des sages; il exposait l’Écriture de la même manière que les Pharisiens; il avait cinq disciples; il disait qu’il n’était pas venu pour enlever ou rajouter quoi que ce soit à la Loi.  Il a été crucifié pour avoir enseigné de fausses doctrines, la veille de la Pâque, qui tombait cette année-là un jour de sabbat.  Ses disciples guérissaient les malades en son nom.

Voilà en gros ce que l’on peut tirer des sources non chrétiennes concernant Jésus-Christ,  suffisamment d’une part pour répondre positivement à la question que nous nous sommes posés au début:  oui, Jésus-Christ a bel et bien existé.  Mais qui était-il au juste?  Comment se fait-il que la vie de tant d’hommes et de femmes a été radicalement changée par la connaissance de ce personnage hors du commun?  Pour répondre à cette question, les sources historiques romaines ou juives sont bien évidemment insuffisantes.  Il nous faut immanquablement nous tourner vers les évangiles du Nouveau Testament, lesquels sont bien des documents historiques, quoique puissent prétendre leurs nombreux détracteurs. Mais ils sont évidemment bien plus que cela.

A ce propos, une émission de télévision, assez bien faite d’ailleurs, qui a été présentée le 21 juin 2013 sur France 3 dans le cadre de la série « C’est pas sorcier », nous parle de Jésus, des évangiles et du christianisme dans le monde.  Elle est destinée à ceux qui ne savent pratiquement rien du christianisme, ou des faits historiques concernant Jésus.  Comme toujours avec ces émissions destinées au grand public, il faut l’aborder avec un regard lucide et critique, là même où les réalisateurs demandent aux téléspectateurs de bien distinguer entre ce qui appartient à l’histoire et ce qui appartient au domaine de la foi. Car leurs propres a priori assez typiques les amènent à énoncer quelques impossibilités logiques et à s’embourber dans des contradictions insurmontables.  Pour eux, l’existence de Jésus est prouvée sans l’ombre d’un doute par son attestation dans les sources historiques romaines.  Mais si c’est le cas,  les faits connus le concernant se limitent strictement à la mention d’un certain Chrestus suivi par plusieurs disciples, puis jugé et crucifié sous le mandat du préfet romain Ponce Pilate.  Le mouvement, ou la superstition, qu’il a initié, se répand  néanmoins au sein de l’empire, jusqu’à Rome.  Par ailleurs, ces sources d’historiens romains remontent à la première moitié du second siècle, au moins quatre vingts ans après la vie de Jésus sur terre. Or les réalisateurs reconnaissent que les écrits du Nouveau Testament –  donc les quatre évangiles qui nous parlent de Jésus – datent, eux, de la seconde moitié du premier siècle.  Ils sont donc antérieurs aux sources romaines (en outre ils sont déjà cités par des auteurs chrétiens dès la fin du premier siècle).  Donc si l’on reconnaît comme historiques d’autres éléments de la vie de Jésus  – en fait la grande majorité de ces éléments – on le fait nécessairement sur la base des évangiles et non sur celle des sources romaines qui n’en parlent justement pas.  On accorde par conséquent crédit et foi aux récits des évangiles comme sources historiques fiables.

A partir de là, dire que certains faits relatés par les évangiles  sont historiques (par exemple l’opposition des chefs juifs envers Jésus ou les détails de son procès), alors que d’autres ne relèvent que du domaine de la foi (comme l’annonciation de la naissance de Jésus faite à Marie faite par l’ange Gabriel) relève d’une distinction purement subjective de la part des réalisateurs. Elle provient justement de leur absence implicite de foi dans ces passages-là, mais elle n’est nullement fondée sur l’absence d’authenticité des sources historiques utilisées.  Car les évangiles ne présentent nulle part certains récits comme historiques et destinés à être crus, et d’autres comme non historiques et également destinés à être crus, mais uniquement pour leur signification symbolique ou mythologique.  Ce genre de distinction, ce sont les réalisateurs qui l’opèrent, sur la base de leurs propres a priori religieux et c’est en fait un pur acte d’incrédulité de leur part. C’est ce que les téléspectateurs devraient saisir de manière critique pour ne pas se laisser mener en bateau à propos de ce qui, dans les évangiles, relève de l’histoire et ce qui relève de la foi.

La conjonction entre ce qui s’est passé historiquement et ce qui a été cru par les premiers chrétiens, nous est en fait donnée dans le prologue même de l’évangile selon Luc, qui écrit en introduction à son livre dédié à un certain Théophile (sans doute un mécène qui cherchait à connaître en détail ce qui concernait la personne de Jésus de Nazareth): Puisque plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, tels que nous les ont transmis ceux qui, dès le commencement, en ont été les témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la parole, il m’a semblé bon à moi aussi, après avoir tout recherché exactement depuis les origines, de te l’exposer d’une manière suivie, excellent Théophile, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus.  Il est frappant de lire sous la plume de Luc que les témoins oculaires, ceux qui ont suivi Jésus depuis le tout début de son ministère et qui ont été consultés par lui pour rédiger un compte-rendu aussi détaillé que possible de leur rapport, sont devenus serviteurs de la parole c’est-à-dire qu’ils n’ont pas pu faire autrement que de devenir porte-parole du message de ce jésus qu’ils avaient vu et suivi depuis le début.

L’évangéliste Jean, lui,  confronte ses lecteurs comme suit vers la fin de son évangile (20:30-31): Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d’autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre.  Mais ceci [c’est-à-dire tout ce qui a précédé, l’ensemble de son évangile et pas certaines parties seulement] est écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. 

Croire ou ne pas croire, telle est bien la question…

 

Eric Kayayan
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