LE BOUCLIER DE LA FOI (2)

Dans la préface de son ouvrage Bouclier de la Foi (1630) le pasteur Pierre du Moulin répond de manière condensée aux objections portées à l’encontre de la confession de foi des églises réformées du Royaume de France par le Père Arnoux, jésuite et confesseur du roi Louis XIII. Il s’agit de la confession dite de La Rochelle, établie quelque soixante-dix ans plus tôt, en 1559, lors du premier synode des églises réformées en France, tenu secrètement à Paris au milieu des persécutions déclenchées sous le règne du roi Henri II par le biais de l’Inquisition française (Chambre ardente).  Cette confession de foi sera ratifiée dans la ville de La Rochelle en 1572 par les églises françaises, celles du Béarn et l’église de Genève.  Elle deviendra donc leur confession officielle.  Avant de reprendre systématiquement chaque article de la confession de la Rochelle, suivie des objections avancées par Arnoux à son encontre et de ses propres réponses, Du Moulin réfute dans cette préface les arguments qu’il juge erronés ou fallacieux, afin de rétablir le sens des affirmations confessionnelles protestantes, contre la présentation biaisée qu’en font leurs adversaires.

 

(…) Or il n’y a point de témérité plus extravagante, que de vouloir que des pécheurs soient les juges infaillibles du sens de la loi, par laquelle leur péché doit être jugé.  Quelle obéissance pensez-vous que le souverain maître doive attendre, si ses serviteurs peuvent lui dire : Tu nous as clairement commandé cela, mais nous l’interprétons ainsi, et avons jugé que ton commandement doit être compris ainsi ; et tu sais que nous sommes juges infaillibles en telles matières, et que nos interprétations sont d’égale autorité à ton commandement.  En cette façon, il vaudrait mieux être serviteur que maître.  Par lequel de ces deux pensez-vous que les Prélats de l’Église doivent être jugés au dernier jour, par la loi de Dieu, ou par leurs interprétations ?  Je fais ici juge tout homme qui a quelque reste de sens commun, ou quelque étincelle de jugement libre et non préoccupé. Lequel doit être plutôt juge souverain en la Religion : Dieu réglant et enseignant sa parole, ou l’Église qui doit recevoir cette parole, et lui doit obéissance ?  Qui sera plutôt juge : l’Écriture qui commande qu’il y ait une Église, ou l’Église qui atteste que c’est là l’Écriture ; vu principalement que ce témoignage peut être rendu par une église corrompue, et désobéissante à cette Écriture ?  Qui sera plutôt juge : l’Écriture qui est une et qui juge sans passion ; ou bien l’Église qui est divisée en Églises contraires que l’on ne peut assembler, et dont les Pasteurs sont sujets à être poussés d’ambition et menés par cupidité, et qui doivent être jugés suspects, quand il y va de leur profit et de leur autorité.

(…) Tout esprit non préoccupé reconnaîtra aisément que c’est là le langage de la vérité, de laquelle de peur que vos consciences ne soient touchées, on use d’un artifice, qui est de vous représenter notre religion toute autre qu’elle n’est, et vous la dépeindre comme un monstre affreux, et nous faire dire choses entièrement éloignées de notre croyance.  Et là-dessus plusieurs d’entre vous sont de si facile croyance, que d’aimer mieux apprendre quelle est notre religion par les invectives de nos ennemis, que par notre propre confession. Même après que nous avons protesté de ne rien croire de tout ce qu’ils nous imposent, encore nous veut-on persuader à nous-mêmes, que nous croyons ce que nous ne croyons pas.  En quoi ils nous justifient sans y penser.  Car par là ils confessent tacitement que notre religion proposée au vrai, ne peut être combattue.  Et que si elle était représentée telle qu’elle est, elle ferait d’entrée une forte impression en l’esprit de l’auditeur par l’évidence de sa vérité.  Ils vous disent :

  1. Que notre religion enseigne que les bonnes œuvres ne sont point nécessaires.
  2. Que les élus peuvent sans nul danger se donner licence à tout mal.
  3. Que Dieu ne donne point de récompense aux bonnes œuvres.
  4. Que Dieu contraint nos volontés et les traîne par force au bien.
  5. Que nous accusons Dieu d’injustice, comme nous ayant donné une Loi que nous ne pouvons accomplir.
  6. Que nous sommes ennemis des saincts, et de la Vierge Marie.
  7. Que pour comprendre l’Écriture, chacun de nous se vante d’avoir une inspiration particulière.
  8. Et que nous nions la toute-puissance de Dieu dans l’Eucharistie.

Tout cela est faux, et contraire à notre croyance.

  1. Notre religion enseigne que les bonnes œuvres sont nécessaire à salut ; car on ne va point en Paradis par le chemin de l’enfer ; on ne va point au Royaume de Dieu en servant au Diable.
  2. Notre religion enseigne que les prédestinés à salut sont aussi prédestinés à vivre saintement. Dire : je puis m’abandonner au mal, puisque je suis élu est le langage d’un réprouvé, qui veut être méchant parce que Dieu est bon, et qui fait de la grâce de Dieu, qui est un aiguillon à la vertu, un oreiller pour s’endormir au vice.
  3. Notre religion croit que Dieu salarie les bonnes oeuvres, mais d’un salaire gratuit.
  4. Elle croit que Dieu ne contraint point les volontés, mais les fléchit, et fait qu’elles s’adonnent volontairement au bien.
  5. Elle n’estime point chose injuste que Dieu demande à l’homme ce qu’il ne peut, quand l’homme le doit, et quand son impuissance vient de sa faute.
  6. Elle honore les Saints, comme ces mêmes Saints ont honoré les Saints qui les ont précédés.
  7. Pour l’intelligence des Écritures, elle se contente de ce qui s’y trouve de clair, et laisse aux frénétiques l’inspiration particulière.
  8. Elle ne nie point la toute-puissance de Dieu en l’Eucharistie, mais elle se règle par sa volonté. Elle se sert du Sacrement de la Cène, non pour faire Jésus-Christ, mais pour l’honorer : non pour faire descendre son corps à nous, mais pour élever nos cœurs à lui.  Elle n’entreprend pas de prendre Dieu en cette vie, mais se contente que Dieu nous prenne en la mort.  Elle ne craint pas que Dieu [sous la forme de l’hostie] puisse tomber, ou être dérobé, ou emporté par les souris, ou mangé par ses ennemis.  Elle ne croit point que le Fils de Dieu, et le diable soient entrés ensemble en Judas.  Ni que Jésus Christ se soit mangé soi-même ; vu que cela n’était pas nécessaire pour notre rédemption.

Notre religion est une religion qui ne reconnaît autre chef de l’Église que Jésus-Christ, ni autre règle de foi que sa parole, ni autre sacrifice propitiatoire que sa mort, ni autre purgatoire que son sang, ni autre mérite que son obéissance.

C’est une religion qui veut que le peuple lise la parole de Dieu, parce qu’elle ne craint point qu’on y trouve sa condamnation.  Qui parle en langue comprise, parce qu’elle n’a pas honte de sa croyance.

C’est une religion qui met le jeune en abstinence, mais non en distinction d’aliments.  Elle jeûne par exercice d’humilité, et non par opinion de mérite, ou de satisfaction.  Elle n’emprunte point les satisfactions d’autrui, mais elle croit avec l’apôtre (Gal. 6:5), que chacun portera son propre fardeau.

C’est une religion qui se méfiant de ses œuvres, se confie en la promesse de Dieu.  Qui prêche la confiance, et non le doute de son salut.

Qui recommande une assurance humble, et non une perplexité arrogante, par laquelle ceux qui étalent leurs mérites font profession de douter de leur salut.

C’est une religion où les hommes confessent qu’ils ont souvent fait ce que Dieu a défendu, bien loin d’avoir fait plus qu’il n’a commandé.  Si éloignés de faire du super abondant, que même ils défaillent en ce qui est nécessaire.  Ils ne prétendent pas de faire Dieu débiteur par des œuvres de surérogation, mais se confessent débiteurs par leur désobéissance.

C’est une religion qui au lieu de former des pierres à l’image de l’homme, tâche de réformer l’homme à l’image de Dieu. Qui au lieu d’adorer une croix de bois, adore le crucifié, se confie en sa passion, et se glorifie de son opprobre.

C’est une religion qui ne croit point que Dieu, qui a livré son Fils à la mort pour sauver ses ennemis, prenne plaisir à brûler les âmes de ses enfants en un feu de Purgatoire : et à les punir pour des péchés déjà pardonnés – et pour lesquels Jésus-Christ a pleinement satisfait – par des punitions qui servent non à amender le pécheur, mais à contenter la justice de Dieu.

C’est une religion qui ne fait point ses prières par conte, et ne met point l’efficacité de l’oraison au nombre de la répétition d’une même prière, mais en la foi et la disposition du cœur.

C’est une religion qui tient que la foi ne consiste point à ignorer, mais à connaître.  Qui administre également les choses saintes aux riches qu’aux pauvres.  Non comme en l’Église Romaine, où les dispenses et lettres d’absolution se vendent, et les messes particulières ne se disent jamais pour celui qui n’a rien donné.

Bref c’est une religion qui a moins de splendeur en dehors, mais plus de solidité au-dedans : qui veut être reconnue de près : qui ordonne moins de cérémonies, mais donne plus d’instruction.

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Eric Kayayan
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