DIEU PEUT-IL CHANGER LE MAL EN BIEN?

Il arrive tellement d’événements négatifs dans la vie quotidienne, tellement de souffrances sont causées par toutes sortes de facteurs, qu’on peut à bon droit se demander à quoi tout cela rime.  Si Dieu existe vraiment, est-il en contrôle des événements, et si oui, pourquoi laisse-t-il arriver tant de malheurs?  Cette question, tout croyant se la pose, ou se l’est posée.  Le mal qui m’arrive a-t-il un but particulier et peut-il en sortir à plus ou moins long terme quelque chose de bon?

La réponse chrétienne à cette délicate question est certainement oui, mais elle a besoin d’être expliquée.  Car d’un point de vue purement humain, on ne voit jamais très bien le but de la souffrance a priori.  La tendance naturelle de l’homme est de se révolter contre Dieu, voire de nier son existence à cause du mal que l’on voit autour de soi.  D’ailleurs beaucoup d’hommes et de femmes ne se contentent pas de nier son existence, mais blasphèment le nom de celui-là même en l’existence duquel ils affirment ne pas croire, sans doute pour appuyer leur rejet total de l’hypothèse de cette existence, avec ce qu’elle pourrait impliquer dans leur vie.  La charge émotionnelle et verbale dont ces imprécations sont porteuses ne fait du reste qu’accentuer la prégnance de cette présence dans leurs pensées, au milieu même de leurs dénégations.  Car s’il en allait autrement, seul le silence ou l’indifférence serait de mise.  Pourquoi donc aller se frapper la tête contre un mur qui n’existe pas?

Mais comme en toutes choses, lorsque l’on parle de Dieu il nous faut nous demander si c’est bien lui la mesure de toutes choses, ou bien si c’est nous, les humains, qui sommes cette mesure.  Or nous pouvons bien dire que Dieu est la mesure de toutes choses, puisqu’il est omnipotent, c’est-à-dire Tout Puissant, et omniscient, c’est-à-dire qu’il sait par avance tout ce qui va se dérouler dans notre histoire et celle du monde.  Si tel n’était pas le cas, nous n’aurions aucune raison de l’appeler Dieu. Il serait tout au plus une créature supérieure, et impotente de surcroît.  En fin de compte, notre vie personnelle entre dans son plan, un plan bien plus grand que nous ne pourrions jamais l’imaginer.  Or, saisir cette réalité ne peut se faire que par la foi au Dieu qui se révèle comme omnipotent et omniscient.  Il contrôle même les étapes de notre vie qui ne se sont pas encore déroulées, car il est au-dessus du temps et le gouverne.  Accepter ceci par la foi ne veut pas dire que nous comprendrons sans problème comment des événements ressentis comme très négatifs et douloureux pourraient finalement contribuer à un bien quelconque.

D’abord, peut-être ne verrons-nous jamais de notre vivant en sortir quelque chose de positif.  Bien des générations plus tard on pourra peut-être voir apparaître des effets inattendus et bénéfiques.  Ensuite, il est tout aussi vrai que certains événements négatifs le resteront à toujours et ne produiront jamais de fruits positifs.  Se placer dans la perspective de la foi, c’est accepter que Dieu a bel et bien le pouvoir de changer toutes choses, de faire toutes choses nouvelles. En recherchant sa volonté révélée, en vivant par la foi en Jésus-Christ, on peut bien souvent soi-même se rendre compte, après coup, que l’épreuve que Dieu a amenée sur notre chemin avait un but particulier positif qu’il avait lui-même déterminé d’avance.  Tout concourt au bien de ceux qui l’aiment, écrit Paul au chapitre huit de sa lettre aux chrétiens de Rome.  Paul savait bien de quoi il parlait, lui dont la vie était remplie d’épreuves de toutes sortes, et pas des moindres.  Mais il parlait animé d’une foi indestructible en Jésus-Christ.

Considérons justement le sacrifice de Jésus-Christ sur la Croix de Golgotha.  Sur le plan humain, il n’y a rien de plus terrible que la mort injuste de Jésus-Christ, en qui tant d’hommes et de femmes avaient mis leur espoir, l’ayant suivi pendant les trois années de son ministère sur terre.  Ils étaient absolument choqués et abasourdis qu’un tel désastre ait pu se produire.  Or, si l’on mesure les conséquences positives de sa résurrection pour l’humanité, on peut bien dire qu’il n’y a jamais eu rien de pareil dans l’histoire du monde.  Il fallait donc bien la Croix avant la Résurrection.  Et cette transformation de la chose la plus vile et la plus abjecte en l’événement le plus glorieux, ne pouvait être accomplie que par Dieu.  Prenons un autre exemple dans l’histoire du Nouveau Testament.  Avant sa conversion miraculeuse à la foi chrétienne, Paul avait persécuté les chrétiens de manière très violente.  Au chapitre huit du livre des Actes des Apôtres, on lit: Il cherchait à détruire l’Eglise, allant de maison en maison pour en arracher les croyants, hommes et femmes, et les jeter en prison. Mais la conséquence positive et inattendue de cette persécution nous est donnée immédiatement après, au verset suivant: Les croyants qui s’étaient dispersés parcouraient le pays en proclamant le message de la Bonne Nouvelle.  Paul cherche à détruire l’Eglise, et en fin de compte la persécution qu’il initie aboutit au résultat contraire!  Qui d’autre que Dieu pourrait accomplir un tel renversement?

Posons-nous maintenant la question suivante: les vertus les plus respectées telles que le courage, l’endurance et la persévérance, le sacrifice de soi-même, pourraient-elles se manifester autrement qu’au milieu des épreuves, des souffrances et de grands dangers?  Certainement pas.  Or ce sont justement ces vertus qui font admirer le degré d’humanité de ceux qui les pratiquent.  La souffrance forge le caractère, elle aide aussi à distinguer ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas, ce qui est durable de ce qui est passager.  Ceux qui l’ont connue et en sont sortis grandis peuvent servir d’exemple à d’autres qui vivent des moments similaires. Mais pour cela il faut accepter par la foi que ce qui nous arrive fait partie d’un plan bien plus étendu que ce que nous percevons au moment de notre épreuve.

Jésus-Christ est passé par une souffrance indescriptible lors de sa Passion. Cette souffrance a signifié l’abandon total par son Père céleste, c’est-à-dire, l’enfer proprement dit.  Sa victoire sur la mort et l’enfer n’a pas été acquise à un prix vil, mais au prix le plus précieux, celui de sa vie même.  Or c’est aussi Jésus-Christ qui a dit: Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive.  Car celui qui est préoccupé de sauver sa vie la perdra; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera.  Perdre sa vie à cause de Jésus-Christ cela veut dire passer par ce processus d’élagage, de purification de notre foi par une épreuve qui a un sens, afin qu’un être renouvelé spirituellement se dégage de l’homme ancien.  C’est aussi ce que déclarent les deux dernières béatitudes prononcées par Jésus: Heureux ceux qui sont opprimés pour la justice, car le royaume des cieux leur appartient; Heureux serez-vous quand les hommes vous insulteront et vous persécuteront, lorsqu’ils répandront toutes sortes de calomnies sur votre compte à cause de moi.  Oui, réjouissez-vous alors et soyez heureux, car une magnifique récompense vous attend dans les cieux.  Car vous serez ainsi comme les prophètes d’autrefois:  eux aussi ont été persécutés avant vous de la même manière. 

Dans la même veine, l’apôtre Pierre s’adresse à ses lecteurs dans la lettre qu’il leur adresse alors qu’ils sont persécutés et dispersés un peu partout: Loué soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ.  Dans son grand amour, il nous a fait naître à une vie nouvelle, grâce à la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour nous donner une espérance vivante. Car il a préparé pour nous un héritage qui ne peut ni se détruire, ni se corrompre, ni perdre sa beauté.  Il le tient en réserve pour vous dans les cieux, vous qu’il garde par sa puissance, au moyen de la foi, en vue du salut qui est prêt à être révélé au moment de la fin.  Voilà ce qui fait votre joie, même si, actuellement, il faut que vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses  épreuves:  celles-ci servent à éprouver la valeur de votre foi.  Le feu du creuset n’éprouve-t-il pas l’or qui pourtant disparaîtra un jour?  Mais beaucoup plus précieux que l’or périssable est la foi qui a résisté à l’épreuve.  Elle vous vaudra louange, gloire et honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra.  

Dans la Bible il n’y a sans doute pas de récit qui illustre comment Dieu peut changer le mal en bien que celui de Joseph et ses frères, tous fils du patriarche Jacob (Genèse 37-50).  Détesté par ses frères et vendu par eux comme esclave, il se retrouve bien plus tard, après de nombreuses pérégrinations et épreuves, l’intendant du Pharaon d’Egypte, ayant en main l’administration de tout le pays.  Or, la famine qui sévit non seulement en Egypte mais dans le pays voisin où résident son père et ses frères, amène ceux-ci à venir chercher des vivres à la cour du pharaon, où ils sont reçus par Joseph lui-même qu’ils ne reconnaissent pas, tandis que lui les reconnaît.  Après plusieurs allers-retours, et des moments dramatiques durant tout cet épisode, Joseph en sanglots découvre son identité à ses frères: Je suis Joseph, leur dit-il, votre frère, que vous avez vendu pour être emmené en Egypte.  Et maintenant ne vous tourmentez pas et ne vous accablez pas de remords de m’avoir vendu comme esclave.  C’est pour vous sauver la vie que Dieu m’a envoyé devant vous.  Car voici deux ans que la famine sévit dans ce pays et pendant cinq ans encore, il n’y aura ni labour ni moisson.  Dieu m’a envoyé devant vous pour vous faire subsister sur la terre et vous garder la vie, par une très grande délivrance.  C’est pourquoi ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu.  Et il m’a élevé au rang de “Père pour le pharaon”, faisant de moi le maître de toute sa cour et le dirigeant de toute l’Egypte.  Plus tard, alors que ses frères redoutent que peut-être il cherche à se venger de ce qu’ils lui ont fait, Joseph les rassurera encore: N’ayez aucune crainte!  Suis-je à la place de Dieu?  Vous aviez projeté de me faire du mal, mais par ce que vous avez fait, Dieu a projeté de faire du bien en vue d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux.

L’assurance que Dieu peut changer le mal en bien, à sa manière et en son temps, ne devrait pas me pousser à témoigner d’une sympathie à bon marché lorsque je rencontre quelqu’un qui passe par une épreuve.  Dans un tel cas, ma responsabilité consiste non pas à tâcher de minimiser la douleur de celui ou celle qui est affligé, mais à l’aider dans la mesure de mes possibilités, et à conduire avec sensibilité une telle personne à mettre sa confiance et sa foi en Dieu seul, afin que cette épreuve devienne pour elle purificatrice et mène à son affermissement spirituel.

 

 

Eric Kayayan
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