LA TERRE JOUIRA DE SON REPOS 3

Rébellion, destruction et restauration selon Lévitique 26, 2 Chroniques 36, Jérémie 25  & 34

 Le troisième et dernier volet d’un article sur le thème du nécessaire repos de la terre tel qu’un certain nombre de textes de l’Ancien Testament le prescrivent, tout en énonçant et décrivant le jugement divin qui s’abat sur ceux qui méprisent ces prescriptions, a pour but d’initier une réflexion de nature spirituelle (c’est-à-dire conforme à l’Esprit de Dieu, donc à sa Parole) sur les applications qu’on doit et peut donner aujourd’hui à ces prescriptions en tenant compte de notre propre contexte.

Pourquoi la terre a-t-elle besoin de repos ?

Pourquoi la terre est-elle épuisée et a-t-elle besoin de repos lorsque les hommes qui l’habitent commettent horreur sur horreur, transgression sur transgression ?  La signification du sabbat, qui témoigne du repos que Dieu accorde, est ici à l’ordre du jour. Les péchés du petit pays de Juda, qui devait maintenir l’Alliance avec Dieu, n’affectaient pas seulement les individus, mais aussi la terre sur laquelle Dieu les avait placés.

La Création de Dieu souffre de l’abus que l’on commet à son égard, elle ne trouve pas de repos.  Cela est du reste vrai pour la vie de tous les peuples au cours de l’histoire des hommes.  La symbiose entre la terre et les habitants qui la peuplent est une donnée biblique incontournable.  La terre n’est pas une entité indifférente aux crimes, même d’ordre social, que l’on commet sur elle.  Elle en est au contraire affectée au plus haut point.  Rappelons-nous des paroles de l’Eternel après le tout premier meurtre, celui de Caïn sur son frère Abel (à noter que le mot « sol », apparaissant trois fois dans le passage suivant, est la traduction de l’hébreu adamah) :

Genèse 4, versets 10-12 :

 Qu’as-tu fait ?  La voix du sang de ton frère crie du sol jusqu’à moi.  Maintenant, tu seras maudit loin du sol qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère.  Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa richesse.  Tu seras errant et tremblant sur la terre. 

On le voit, depuis le début, la Bible proclame qu’il existe un lien étroit entre le rendement de la terre et les actions que l’on commet sur elle.  On se souvient que dans le cas précis de l’Alliance avec Dieu que le royaume de Juda était censé maintenir, il y avait une prescription aussi bien sur le repos des terres cultivables, mises en jachère chaque septième année, que sur la libération des esclaves hébreux au service de leurs compatriotes et la remise des dettes tous les sept ans.  La politique agricole aussi bien que sociale devait répondre au même impératif, celui du repos libérateur initié par Dieu.  On lit au début du chapitre 25 du livre du Lévitique (v. 2) : Dis aux Israélites : Quand vous serez entrés dans le pays que je vais vous donner, la terre elle-même se reposera ; pour l’Eternel, vous la laisserez se reposer.  On aura noté que ce repos n’est pas une simple prescription d’ordre pratique : c’est en effet pour l’Eternel que la terre doit se reposer.  Car Il est la source ultime du repos, aussi bien comme Créateur qui s’est lui-même reposé de ses oeuvres le septième jour, que comme Libérateur qui a retiré son peuple de la maison de servitude, de l’esclavage auquel il était soumis en Egypte (Deut. 5 :15).  Le vrai repos trouve donc à la fois sa source et son aboutissement en l’Eternel, par la contemplation de ses oeuvres parfaites de Création et de salut.  Tout autre repos que celui-ci (tel celui préconisé par notre société des loisirs, avec ses innombrables exigences commerciales) est en fin de compte artificiel et n’apportera pas les fruits qu’on en attend, bien au contraire.

Aujourd’hui, nous voyons à maints égards dans la vie des nations que le lien entre l’exploitation du sol et celle des hommes perdure toujours : surexploitation du sol et surexploitation des hommes vont de pair.  Cela vient tout simplement de ce que les hommes ne reconnaissent pas que Dieu est à la fois le Créateur des hommes et de la terre, et en définitive leur seul propriétaire et maître. Ils ne se considèrent pas comme des gérants appelés à rendre des comptes à Dieu, mais comme les seuls propriétaires.  Au lieu d’être un instrument au service d’une bonne gestion, les techniques qu’ils ont développées, sont trop souvent devenues des instruments d’asservissement, une sorte d’idole en soi au service d’une autre idole, l’homme lui-même et ses rêves fous de domination (domination et non dominion). N’est-il pas déjà question, comme je l’entendais récemment suggérer par un haut responsable de questions énergétiques, d’envoyer des expéditions spatiales sur la lune pour en exploiter les ressources minérales ?… Rappelons pourtant les termes du mandat confié par Dieu à l’homme au début de l’humanité, tel que la Genèse nous le révèle (Genèse 2 :15) : L’Eternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder. 

 Quant à l’esclavage moderne, il n’est pas meilleur que celui d’antan, il est peut-être même pire : le trafic d’êtres humains, femmes et enfants sans défense livrés à des monstres sans pitié, a pris de telles proportions de par le monde que les estimations statistiques concernant le passé palissent en regard de ce qui se déroule dans l’univers globalisé d’aujourd’hui. Que ce soit à des fins de tourisme sexuel, pour alimenter les harems d’obsédés de la jouissance, pour fournir des esclaves soumis aux proxénètes à la brutalité sans pareille, ou encore pour accomplir des travaux pénibles requérant une main d’oeuvre infantile, comme sur certaines plantations, c’est à des dizaines de millions d’êtres humains au bas mot que l’on estime aujourd’hui le nombre de personnes asservies de la sorte.

L’esclavage de la dette et ses conséquences sur les hommes et sur la terre

 Mais que dire d’un autre esclavage, apparemment bien plus civilisé et acceptable, celui des dettes accumulées par les ménages et les états ?  Dettes à long terme pour les particuliers, s’étalant parfois jusqu’à trente ans pour l’achat d’une maison : trente ans de servitude financière à l’égard d’une banque qui demeure de fait la propriétaire des biens immobiliers jusqu’à paiement complet du capital et des intérêts, avoisinant dans certaines circonstances les quinze voire vingt pour cent.  On est bien loin de la norme biblique d’un endettement ne dépassant jamais le terme de six ans !   Comment dans ces conditions célébrer d’un coeur libre et joyeux le sabbat du repos divin en l’honneur de l’Eternel lorsqu’on doit traîner un tel boulet ?…

Et que dire de la dette des états, aux énormes déficits publics accumulés au cours des années par des gouvernements irresponsables et des politiciens avant tout soucieux de leur réélection ?  Des promesses démagogiques honteuses de subventions sociales et autres sont faites régulièrement, qui hypothèquent dangereusement le futur des pays lorsqu’on fait semblant de les tenir en falsifiant les chiffres et les budgets publics.  La terre se repose-t-elle, au sens biblique tel que nous l’avons vu, lorsque l’on construit à tout venant et que le secteur immobilier se développe à pas de géants, le tout reposant sur un système d’emprunts et de spéculation des plus risqués ?  En fin de compte, la désolation et la ruine atteignent toujours ceux qui veulent vivre au-dessus de leurs moyens. L’effet boomerang des dettes commodes accumulées de manière irresponsable se fait sentir à plus ou moins long terme.  Or, la tentation de tomber dans cet esclavage est d’autant plus grande qu’aujourd’hui les banques font souvent miroiter des facilités financières mirifiques, comme s’il suffisait de trois fois rien pour repayer ces facilités empruntées. Une banque n’aime jamais trop les clients qui empruntent peu, elle aime au contraire ceux qui s’endettent de plus en plus et lui paient des intérêts, une fois qu’elle estime qu’ils sont tout de même solvables à terme.  Les cartes de crédit, si pratiques à utiliser comme facilité de paiement dans la vie courante, hypnotisent souvent ceux qui s’en servent et qui signent sans trop y penser les petites fiches qu’on leur présente au moment de la transaction. On verra plus tard comment rembourser, l’important c’est de jouir immédiatement du bien de consommation acquis au simple prix d’une signature, se dit-on parfois.

Dans l’Ancien Testament, les emprunts ne concernaient que les situations extrêmement précaires, là où l’on manquait du strict nécessaire. Il ne s’agissait donc pas de remettre la septième année des dettes accumulées pour des biens de jouissance superflus.  Il s’agissait au mieux de dettes encourues pour acquérir un outil de production qui aurait alors permis à l’emprunteur de travailler et de gagner sa vie par lui-même sans devoir s’endetter à nouveau.  Or, même la littérature sapientiale de l’Ancien Testament met en garde contre les emprunts (Le riche domine sur les pauvres, et celui qui emprunte est l’esclave de celui qui prête, Prov. 22:7).

En revanche, de nos jours, on s’endette volontiers pour satisfaire des goûts de luxe.  L’apôtre Paul, au chapitre 13 de sa lettre aux chrétiens de Rome, leur recommande ceci : Ne devez rien à personne, si ce n’est de vous aimer les uns les autres ; car celui qui aime les autres a accompli la loi. L’idée qui sous-tend la première partie de cette injonction est qu’on ne doit pas être l’esclave ou le serviteur d’une dette, laquelle serait sans doute un obstacle à l’observation du second plus grand commandement, celui de s’aimer les uns les autres.  Si nous voulons appliquer cet enseignement, disons que si l’on s’est endetté (car cela peut-être pour une raison économique compréhensible, par exemple acheter une maison au lieu de payer un loyer toute sa vie et de ne jamais devenir propriétaire), alors il faut faire un sérieux effort pour rembourser sa dette au plus vite, quitte à faire des sacrifices sur autre chose.

Nul ne peut servir Dieu et Mammon

On ne peut aussi éviter de penser aux paroles de Jésus dans l’évangile selon Luc, au chapitre 16 : Aucun serviteur ne peut servir deux maîtres. Car ou il haïra l’un et méprisera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre.  Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon, c’est-à-dire l’idole de l’argent.  Servir Mammon, c’est se mettre en état d’esclavage. Aujourd’hui des nations tout entières – souvent celles-là même que l’on considère comme développées – sont enchaînées à cette idole par le biais des dettes qu’elles ont contractées pour se donner une illusion d’affluence matérielle, alors qu’elles sont de facto incapables de les rembourser autrement que par l’inflation ou toutes sortes de tours de passe-passe financiers. Mais servir Mammon peut tout autant concerner les personnes les plus modestes financièrement, lorsqu’elles se mettent des chaînes au cou afin de satisfaire des envies irresponsables de consommation, suscitées et alimentées par une propagande commerciale effrénée.

A l’opposé, la signification divine du principe du Sabbat, restaurée et explicitée en paroles et en actes par celui qui s’en déclare le Maître (Marc 2 :27-28 ; Matth. 12 :10 ; Luc 14 :3-6) est celle d’une guérison, d’un véritable repos, conséquence de la libération d’un esclavage.  Ce que le cinquième commandement énonce en Deutéronome 5 :15 ( … Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu ; c’est pourquoi, l’Éternel, ton Dieu, t’a commandé de célébrer le jour du sabbat) est parfaitement accompli en Christ.  Ce Shalom sabbatique se manifeste dans la vie de ceux qui sont mis au bénéfice de sa vie, et cela afin que le repos et la paix dont ils jouissent deviennent une bénédiction pour les autres, voire pour la terre tout entière.

Il existe des aspects agricoles, micro-économiques, macro-économiques au repos de la terre, à la levée des dettes la septième année, et à la lutte contre la concentration des capitaux.

Que faire en France, en 2021 ?  Quels modèles alternatifs proposer ? Quelles lois changer ? Quels auteurs, économistes, juristes faut-il lire ? Quels sont les éléments historiques en France qui structurent cette organisation socio-économique ? Quels partis politiques entretiennent le plus cette iniquité ?…

Aux chrétiens qui prennent la Parole de Dieu au sérieux, de réfléchir sur toutes ces questions, aussi bien sur le plan personnel que dans la sphère publique, afin de remettre en avant le principe du repos de sabbat, appliqué autant aux hommes qu’à la terre qui les porte, le tout à la gloire de Dieu.  Il ne relève en effet ni de la vocation, ni de la tâche des prédicateurs depuis la chaire de dérouler des agendas ou des programmes politico-économiques, domaines sur lesquels ils n’ont de toute manière pas de compétence particulière.  En revanche, un appel prophétique sur ces questions, fondé sur la Parole qu’ils ont la charge d’expliquer et d’exposer, est bien de leur responsabilité devant le Seigneur qui les a envoyés avec cette mission.

A ceux qui ont des oreilles pour entendre, d’écouter et de vivre leur foi en pensées, en paroles et en actes…

Eric Kayayan
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