VOLONTÉ OU CONTRAINTE: QUEL LIBRE ARBITRE?

La question du libre arbitre (« franc arbitre » en français plus ancien) s’est trouvée et se trouve toujours au cœur de controverses au sein des églises chrétiennes, depuis l’époque de Saint Augustin et Pélage jusqu’à celui de la Réforme, et bien au-delà : au sein même du catholicisme romain avec le jansénisme, et des églises protestantes, avec les Remonstrants puis une grande partie des mouvements évangéliques.

A l’essai sur le libre arbitre publié par Erasme à Bâle en 1524 pour contrer Luther, celui-ci répondra un an plus tard par son traité sur le serf arbitre, qui en prend le contrepied radical.  La rupture est consommée entre une tendance réformiste moyenne au sein de l’église de Rome, et la Réforme proprement dite, qui, en retournant aux sources de l’Écriture (en particulier l’épitre aux Romains) retrouve l’héritage d’Augustin sur la Grâce. Calvin donnera une exposition très complète sur le sujet du libre arbitre au second livre de son Institution de la Religion Chrétienne. C’est à la suite de Calvin et dans la même veine que le pasteur Pierre du Moulin défendra dans son Bouclier de la Foi la Confession de Foi des Églises Réformées du Royaume de France de 1559, connue aujourd’hui sous le nom de Confession de la Rochelle.  Du Moulin y répond aux objections du Jésuite Arnoux.

Après avoir présenté l’intégralité du chapitre du Bouclier de la Foi consacré à l’article IX de la Confession de la Rochelle suivi des objections d’Arnoux puis de la réponse de Du Moulin (2e édition de 1630, français légèrement modernisé pour le confort de la lecture), quelques extraits du deuxième livre de l’Institution de Calvin seront cités (d’après l’édition publiée en 2009 par Kérygma-Excelsis), afin de permettre d’apprécier les antécédents de la défense de Du Moulin quelque soixante-dix ans plus tôt.

 

Article IX  de la Confession de Foi des Églises réformées du Royaume de France

Du franc arbitre et de la corruption naturelle

Nous croyons que l’homme, qui a été créé pur, sans la moindre tache et conforme à l’image de Dieu, est par sa propre faute déchu de la grâce de Dieu qu’il avait reçue. Il s’est ainsi séparé de Dieu qui est la source de toute justice et de tous biens, au point que sa nature est désormais entièrement corrompue.

Nous croyons que l’homme, étant aveuglé dans son esprit et dépravé dans son cœur, a perdu toute intégrité sans en avoir aucun reste.  Bien qu’il ait encore quelque discernement du bien et du mal, nous disons néanmoins que la lumière qui subsiste en lui se change en ténèbres, quand il est question de chercher Dieu, de sorte qu’il n’en peut nullement approcher par son intelligence et sa raison.

Quoique l’homme ait une volonté, par laquelle il est incité à faire ceci ou cela, nous croyons qu’elle est totalement prisonnière du péché en sorte qu’il n’a de liberté à bien faire que celle que Dieu lui donne.

Objection du père Arnoux, XXIIe section:

Autre chose est de dire que sans la grâce de Dieu nous ne pouvons faire aucun bien qui tende à la vie éternelle et à la gloire de Jésus-Christ, ce qui est vrai ; autre chose que faisant ce bien par le secours et mouvement de la grâce, nous le faisons contraints, pressez et portez à cela sans l’exercice de notre liberté.  Et c’est ce qu’ils prétendent par cet article, démolissant en l’homme l’image de Dieu, qui est la liberté, et sapant les fondements des actions vertueuses et louables.

 

Du Moulin

Parler ainsi n’est point examiner notre Confession, mais en forger une autre pour la combattre, et ainsi de donner beau jeu. Car nous ne croyons rien de tout ce qu’il nous fait dire, et détestons la doctrine qu’il nous attribue.  Et de fait en notre article IX, il n’y a pas un mot de tout ce qu’il nous fait dire.  Nous ne disons point que nous fassions le bien par contrainte. Nous n’offrons point à l’homme la liberté de sa volonté : nous savons que le bien que font les enfants de Dieu ils le font volontairement, et sans contrainte.  Voici quelle est notre croyance.

L’homme se considère donc en deux façons, soit tel qu’il est de sa nature, soit après qu’il est régénéré et conduit par l’Esprit de Dieu.

De l’homme non régénéré et tel qu’il est de sa nature, voici ce que l’Écriture nous enseigne.  Au 6e chapitre de Genèse, v. 5, Dieu dit que toute l’imagination des pensées du cœur de l’homme n’est que mal en tout temps.  Et au ch. 8 : L’imagination du cœur des hommes et mauvaise dès leur jeunesse. S. Paul aux Romains ch. 5 v. 12 dit que par un seul homme le péché est entré au monde, et par le péché la mort.  Et ainsi la mort est parvenue sur tous les hommes, d’autant que tous ont péché. Et aux Ephésiens ch. 2 v. 1 & 5 il dit que nous étions morts en nos fautes et péchés, et que Dieu nous a vivifiés.  Par là aussi l’Ecriture appelle ce changement en mieux, une nouvelle naissance, Jean ch. 3 v. 3.  Et une régénération par la semence incorruptible de la Parole de Dieu, I Pierre ch. 1 v. 23.  Et une résurrection, Apoc. Ch. 20 v. 6.  L’Apôtre S. Paul en la 2e aux Corinthiens ch. 3 v. 5 dit que Nous ne sommes point suffisants de penser quelque chose de nous comme de nous-mêmes, mais que notre suffisance est de Dieu. Si nous sommes incapables de nous-mêmes de penser aucun bien, combien plus de le faire ?  Lui-même en la 1e aux Epître aux Corinthiens ch. 2 v. 14 dit que l’homme charnel ne comprend point les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie. Et aux Romains ch. 8 v. 7 : l’affection de la chair est inimitié contre Dieu, car elle ne se rend point sujette à la Loi de Dieu, car elle ne peut.

Par ces passages et d’autres semblables nous prouvons ce que dit notre Confession, à savoir que la nature de l’homme est entièrement corrompue et que l’homme est aveugle en son esprit, et dépravé en son cœur.

Auxquelles preuves nous ajoutons les passages qui disent que la foi et l’amour de Dieu, bref tout ce qu’il y a en nous de vertus agréables à Dieu, et tout le bien que nous faisons, ne vient point de nous, mais sont des dons de Dieu.  Comme ce qui est dit aux Ephésiens ch. 2 v. 8 : Vous êtes sauves par grâce, par la foi : cela non point de vous, c’est le don de Dieu.  Non point par les œuvres, afin que nul ne se glorifie. Et aux Philippiens, ch. 2, v. 13 : C’est Dieu qui produit en vous avec efficace et le vouloir et le parfaire selon son bon plaisir. Ainsi le Seigneur au 16e chap. de S. Matthieu disait à S. Pierre : Tu es bienheureux, Simon fils de Jonas, car la chair et le sang ne te l’a point révélé, mais mon Père qui est dans les cieux.  D’où aussi au 11e chapitre il rend grâces à son Père, de ce qu’il avait caché ces choses aux sages et intelligents, et les avait révélées aux petits enfants.  De la même source vient l’amour que nous portons à Dieu, Nous aimons Dieu, d’autant que lui nous a aimés premièrement, dit S. Jean en sa première Epître ch. 4.

Par toutes ces preuves nous n’entendons pas ôter à l’homme corrompu et non régénéré toute liberté de volonté.  Nous savons bien que dans les actions naturelles qui sont gouvernées par la volonté, comme à manger et marcher, et dans les actions civiles, comme à vendre, contracter, bâtir, voyager, l’homme choisit librement entre plusieurs objets.  De cette liberté dans les choses civiles parle S. Paul en 1 Corinth. 7, où il dit que la femme, après la mort de son mari, est en liberté de se remarier, et met en la liberté d’un père de marier sa fille, ou de la garder vierge. Nous disons plus, c’est que l’homme a son franc arbitre dans les actions bonnes et honnêtes d’une honnêteté civile.  Comme sont les actions des Païens, qui relèvent un homme tombé, et redressent celui qui s’est fourvoyé.  Je dis la même chose de l’observation de la police ecclésiastique, en laquelle ne consiste point l’essence de la piété.  Item de toute bonne œuvre quant à l’action extérieure, comme donner l’aumône, chanter les louanges de Dieu etc.

Qui plus est, nous disons que l’homme non régénéré pèche fort librement et sans contrainte, et entre deux maux choisit fort librement.  Et c’est cette même liberté qui lui impose nécessité de pécher, parce qu’il est naturellement sujet à sa volonté naturellement mauvaise.  C’est là son mal, qu’il est trop libre à mal faire, tellement que sa liberté est cause de sa servitude.  Or cette nécessité de pécher ne répugne point à la liberté de volonté. Témoins les diables qui sont nécessairement et naturellement méchants, néanmoins pèchent fort librement et sans contrainte.  Ainsi Dieu nécessairement bon, est souverainement libre.  La nécessité ne répugne point à la liberté, mais bien la contrainte.

En toutes ces choses nous disons que les hommes non régénérés ont leur franc arbitre et volonté libre. Seulement la Parole de Dieu leur ôte la liberté, et les appelle serfs, vendus au péché, voire morts au péché, eu égard aux vertus chrétiennes qui mènent au salut, comme la vraie connaissance de Dieu, et la foi en Jésus-Christ, et la vraie crainte, et amour de Dieu, qui a pour but la gloire de Dieu, et l’espérance du salut en Jésus-Christ.  A toutes ces choses l’homme naturellement n’a aucune inclination, nul mouvement, nul franc arbitre, comme nous avons montré par passages de l’Ecriture.  Il serait mal aisé de trouver au bon brigand crucifié avec Jésus-Christ, ou en l’Apôtre S. Paul avant sa conversion, quelques préparations ou dispositions à se convertir à Dieu.  Lesquelles préparations nos adversaires appellent mérites de congruité, ce qui est certes une grande incongruité en la foi.

Quant aux régénérés, et qui sont conduits et sanctifiés par l’Esprit de Dieu, tant s’en faut que nous disions qu’ils fassent le bien par contrainte.  Bien au contraire, ils le font volontairement et y prennent plaisir.  Celui qui fait bien par contrainte, fait mal.  Dieu use de clémence envers lui, s’il pardonne à une telle obéissance.  Encore que Dieu haïsse le mal, néanmoins il ne veut pas contraindre les hommes au bien, parce que le bien n’est pas bien s’il n’est volontaire.  Mais il fléchit la volonté de ses enfants, il fait qu’ils veulent et coopèrent avec lui.  En sorte toutefois que tout ce qu’ils coopèrent, et cette volonté même qu’ils ont de bien faire, vient de Dieu, qui produit en vous avec efficace le vouloir et le parfaire selon son bon plaisir, Philipp. 2. verset 13. Ni plus ni moins que l’embryon formé au ventre se meut de soi-même, et aide à sa conservation et à sa naissance, et néanmoins toute cette vigueur lui vient de Dieu : ainsi en est-il de la génération et naissance spirituelle.  Donner à Dieu toute la louange de nos bonnes œuvres, n’est point empêcher ls bonnes œuvres.  Ni plus ni moins que donner à Dieu toute la louange de la formation et naissance de l’enfant, n’est pas empêcher la naissance de l’enfant, ni diminuer sa vigueur.  Dieu prévient ceux qui ne veulent pas, afin qu’ils veuillent ; et assiste ceux qui veulent, afin qu’ils ne veuillent point en vain.  Il commande ce qu’il veut, et fait en nous ce qu’il commande.  Il le fait par une douce efficace, par une attraction sans contrainte, de laquelle Jésus Christ parle au 6e chapitre de St Jean verset 44 : Nul ne peut venir à moi, si mon Père qui m’a envoyé ne l’attire.  L’Apôtre S. Paul aux Éphésiens ch. 4 v. 24 disant que le nouvel homme est créé selon Dieu en justice et vraie sainteté, appelle notre régénération une nouvelle création.  Or comme en la création les paroles de Dieu impératives ont été opératives, ainsi en notre régénération sa parole est pleine d’efficace à transformer les cœurs.    Ainsi quand le Seigneur parlait au corps mort de Lazare, disant : Lazare, sors ! par cette même parole il lui versait la vie.  Et de fait comme le Sauveur commanda qu’on deliât Lazare des bandelettes dont il était enveloppé, afin qu’il fût libre ; ainsi en cette résurrection spirituelle il nous délie de la servitude du péché, afin que nous le servions librement et de franche volonté.  C’est ce que dit notre Confession, que l’homme n’a nulle liberté à bien que celle que Dieu lui donne.  Elle reconnaît donc une liberté au fidèle, mais qui et un don de Dieu ; laquelle liberté passée au travers du combat des convoitises, croît à mesure que Dieu augmente ses grâces, et que l’œuvre de la régénération s’avance.

Tout ce qui a été dit ci-dessus revient à ceci, que l’homme non régénéré a son franc arbitre dans les choses naturelles, dans les choses civiles, et dans les mauvaises, mais non dans les choses divines et qui mènent au salut.  Quant à l’homme régénéré, il le fait volontairement et sans contrainte.  En ce sens plusieurs anciens disent que les fidèles ont leur franc arbitre.  Mais si par avoir son franc arbitre on entend qu’il doit en la liberté d’un homme non régénéré d’avoir la vraie foi, et se convertit à Dieu par une sérieuse repentance ; ou que le commencement de la régénération soit en la puissance de l’homme, et soit une œuvre de son franc arbitre ; ou que le bien que nous faisons, et que la foi en Jésus Christ, et la vraie connaissance de Dieu vienne en partie de nos forces naturelles ; ou qu’avant la régénération il y ait en l’homme des préparations et dispositions, et des mérites de congruité, comme gazouillent les sophistes : nous rejetons ce franc arbitre, comme contraire à la Parole de Dieu.  Nous ne disons pas seulement que Dieu délie notre volonté qui est empêchée, mais qu’il donne entièrement la volonté et la vigueur de se mouvoir au bien.  Nos adversaires mêmes disant que l’homme ne peut faire aucun bien sans l’assistance de Dieu, nient le franc arbitre.  Car il n’est pas libre de marcher celui qui ne peut marcher sans être délié des liens qui l’enserrent, et sans être soutenu après avoir été délié.  Ils disent qu’en l’homme non régénéré le franc arbitre est lié et empêché.  C’est tout comme si je disais qu’un homme libre est serf.  Car comment l’arbitre peut être franc et libre s’il est lié et empêché ?   Certainement il n’est pas libre celui qui étant couché ne peut se lever si un autre ne lui tend la main.  Car la grâce par laquelle Dieu nous relève n’est pas en notre disposition.  Dieu ne sollicite pas seulement les volontés en montrant des objets, ou en proposant des raisons propres à persuader ; mais aussi il donne le vouloir et change la volonté.  Il produit avec efficace LE VOULOIR et le parfaire selon son bon plaisir. Car si même il change le cœur de ses ennemis, comme le cœur d’Esaü, Gen. 33 verset 4, et de Saül, I Samuel 19 verset 23, et des Égyptiens, Psaume 105 verset 25 ; et s’il tient le cœur des Rois pour l’incliner où il veut, Prov. 21.1, combien plus touche-t-il les cœurs de ses élus pour se convertir à lui d’une conversion volontaire ?

 

EXTRAITS DU SECOND LIVRE DE L’INSTITUTION DE LA RELIGION CHRÉTIENNE DE CALVIN SUR LE LIBRE ARBITRE

Inst. 2. 2.5: Les choses naturelles qui n’appartiennent pas au royaume de Dieu, sont généralement attribuées à la décision et au choix des hommes.  On réserve la vraie justice à la grâce spirituelle de Dieu et à la régénération de son Esprit. (…) Les Pères de l’Église, quand ils traitent du libre arbitre ne considèrent pas d’abord les œuvres extérieures qui relèvent de la vie corporelle, mais s’intéressent principalement à l’obéissance accordée à la volonté de Dieu. (…) Une autre distinction, qui provient des écoles de théologie, dénombre trois espèces de liberté.  La première est la liberté de nécessité, la deuxième du péché et la troisième de la misère.  On dit de la première qu’elle est tellement ancrée dans la nature de l’homme qu’il est impossible de la lui ôter ; les deux autres sont perdues par le péché.  Je reçois volontiers cette distinction, sauf qu’elle confond plus ou moins nécessité avec contrainte.  Or, nous verrons, le moment venu, que ce sont deux choses bien différentes.

Inst. 2.2.6 : Il est certain que l’être humain n’a point de libre arbitre pour faire le bien à moins qu’il ne soit aidé par la grâce de Dieu, par la grâce spéciale qui n’est donnée qu’aux élus par la régénération. Je ne m’occupe pas des insensés qui disent qu’elle est indifféremment proposée à tous.  Il n’a pas encore été démontré si l’homme est entièrement privé de la faculté de bien faire ou s’il en a encore un reste qui, bien que petit et infirme, ne peut rien sans la grâce de Dieu, mais qui, aidé par elle, peut agir de son côté.

Pierre Lombard, le « Maître des Sentences », voulant préciser ce point, dit qu’une double grâce est nécessaire pour rendre l’homme capable de bien agir.  Il appelle l’une « opérante » parce qu’elle rend notre volonté efficace ; l’autre « coopérante », qui accompagne la précédente pour l’aider.  Cette distinction me déplaît, parce qu’attribuant à la grâce de Dieu la capacité de nous faire désirer le bien avec efficacité, elle propose que par notre nature, nous puissions désirer jusqu’à un certain point le bien, même si ce désir n’est pas efficace.  Bernard [de Clairvaux] s’exprime pratiquement de la même façon en disant que toute bonne volonté est l’œuvre de Dieu, mais que, pourtant, l’homme, de son propre choix, peut désirer le bien.  Mais le Maître des Sentences n’a pas compris Augustin, qu’il a pourtant pensé suivre en faisant cette distinction.

L’ambiguïté de la grâce coopérante est inacceptable, parce qu’elle a engendré une opinion erronée.  Les scolastiques ont pensé, lorsqu’il est dit que nous coopérons avec la seconde grâce de Dieu, qu’il serait en notre pouvoir d’annuler la première grâce qui nous est offerte, si nous la rejetons, ou de la confirmer, si nous y obéissons.  C’est ce que pense celui qui a écrit le livre De la Vocation des Gentils. Il dit que ceux qui ont la capacité de raisonner sont libres de s’éloigner de la grâce, de telle sorte que s’ils ne s’en éloignent pas, cela leur est compté comme un acte méritoire.  Ils ont quelque mérite d’avoir fait ce qui, s’ils l’avaient voulu, pouvait ne pas l’être, bien que cela ne puisse pas se faire sans la grâce coopérante de Dieu.

J’ai souhaité relever ces points afin que le lecteur comprenne en quoi je ne suis pas d’accord avec les docteurs scolastiques qui ont énoncé une doctrine plus complète que ne l’ont fait les sophistes qui les ont suivis et avec lesquels nous avons encore plus de points de différence ; ils ont en effet perdu beaucoup de la clarté de leurs prédécesseurs. Quoi qu’il en soit, par cette distinction des « deux grâces », nous pourrons comprendre ce qui les a conduits à accorder à l’homme le libre arbitre.  En définitive, Lombard affirme que l’homme n’est point considéré comme ayant un libre arbitre parce qu’il serait capable de penser ou de faire le bien comme le mal, mais seulement parce qu’il n’y est point contraint ; sa liberté existe, bien que nous soyons esclaves du péché et que nous ne puissions faire autre chose que mal faire.

Inst. 2.2.7 : Les scolastiques reconnaissent que l’homme n’est point dit avoir le libre arbitre parce qu’il aurait le choix entre le bien et le mal, mais parce qu’il agit selon sa volonté et non par contrainte : ce qui est bien vrai.  Mais n’est-ce pas se moquer de donner un nom si solennel à quelque chose de si limité ? Quelle belle liberté de dire que l’homme n’est point obligé de pécher, mais qu’il est cependant en esclavage volontaire, puisque sa volonté est retenue captive par les liens du péché ! Je déteste toutes les querelles de mots, dont l’Église est troublée sans profit et je suis d’avis qu’il faut éviter tous les termes qui peuvent être cause d’erreur.  Or, quand on reconnaît à l’homme le libre arbitre, beaucoup croient immédiatement qu’il est maître de sa raison et de sa volonté, ce qui lui permet de se tourner, par sa propre force, d’un côté ou de l’autre.

On objectera que ce danger sera écarté, si on avertit correctement le peuple du vrai sens du terme « libre arbitre ».  Je crois, au contraire, qu’étant donné que nous sommes naturellement enclins à accueillir ce qui est faux et mensonger, nous saisirons l’occasion de trébucher sur un seul mot plutôt que de nous laisser instruire sur la vérité par le long commentaire qui l’accompagnera.  Nous avons déjà plus d’expérience que nécessaire qu’il en est ainsi à propos du libre arbitre !  Après l’avoir inventé, en effet, on l’a tellement employé qu’on n’a pas tenu compte des explications données par les Anciens et il a servi de point de départ à un orgueil démesuré et ruineux.

Inst. 2.2.10 : Dieu pousse notre volonté, non pas comme on l’a longtemps imaginé et enseigné, c’est-à-dire en nous laissant le choix d’obéir à son impulsion ou d’y résister, mais avec une efficacité telle qu’elle ne peut qu’obtempérer.

Il ne faut donc pas accepter ce qu’on lit souvent dans Chrysostome, à savoir que Dieu n’attire que ceux qui veulent être attirés.  Cela signifie que Dieu, en nous tendant la main, attend de voir si nous jugerons bon d’accepter son secours.

Nous reconnaissons que lorsque l’homme était intègre, sa condition était alors telle qu’il pouvait décider dans un sens et dans l’autre.  Mais, comme Adam a montré, par son exemple, combien est pauvre et misérable le libre-arbitre, à moins que Dieu ne manifeste et n’exerce sa volonté en nous, quel sera notre avantage s’il nous donne une si petite mesure de sa grâce ? Même s’il répand sur nous la plénitude de sa grâce, notre ingratitude le prive de notre reconnaissance.  L’apôtre n’enseigne pas seulement que la grâce de vouloir le bien nous est offerte, si nous l’acceptons, mais que Dieu opère en nous le vouloir, ce qui revient à dire que Dieu, par son Esprit, conduit dans le droit chemin, oriente, dirige notre cœur et y règne comme s’il était chez lui.  Et, selon Ézéchiel, il promet de donner un cœur nouveau à ses élus pour que non seulement ils puissent cheminer en appliquant ses préceptes, mais qu’ils le fassent effectivement (Éz. 11.20 ; 36.27).  Cette phrase de Christ : « Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi » (Jean 6.45) ne peut pas se comprendre autrement qu’en y discernant que la grâce de Dieu est, en elle-même, forte pour accomplir son œuvre et lui faire produire ses effets, comme Augustin le maintient. La grâce de Dieu n’est pas accordée à tous, comme le proverbe bien connu le prétend – elle n’est refusée à personne qui fait ce qu’elle requiert.

Il faut assurément enseigner que la bonté de Dieu est proposée à tous ceux qui la cherchent, sans aucune exception.  Mais, comme personne ne commence à la chercher avant d’être inspiré par le ciel, il ne convient pas, même ici, de diminuer en rien la grâce de Dieu.  Ce privilège appartient aux élus seulement, étant régénérés par l’Esprit de Dieu, d’être dirigés et conduits.

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