A PROPOS DE LA GENÈSE

[Le texte qui suit est tiré du livre “Rendre Compte de l’espérance” (2009, L’Age d’homme, p. 53-57), que vous pouvez trouver en intégralité sur notre site en cliquant ici ].

On entend souvent dire : « Certes, il s’agit d’un bien beau récit, mais qui n’a que très peu à voir avec la réalité du commencement de l’univers et ce que nous en savons par nos investigations scientifiques ». Que répondre à cela ? Nous avons souligné qu’il ne convient pas de lire la Genèse comme s’il s’agissait d’un manuel scientifique destiné à répondre à toutes nos questions de cet ordre.

La Genèse déclare d’emblée que l’univers a un Créateur, qui est Dieu et qui lui n’a jamais été créé. Il est éternel et tout-puissant, car par sa simple parole, par son verbe divin, Il peut créer ce qui n’existait pas auparavant. Une telle affirmation ne peut pas être le fruit d’une découverte scientifique ; la recherche scientifique ne pourrait jamais prouver cette affirmation par une quelconque méthode, qu’elle soit expérimentale ou autre. Elle ne peut ni la prouver, ni d’ailleurs prouver le contraire. Le terrain de la science est autre, et doit être respecté dans ses propres limites. Cela ne veut pas dire que la science ne soit pas soumise à Dieu, car comme toute autre activité humaine elle s’exerce dans des cadres qui lui préexistent, justement les cadres de la Création. Ainsi, comme toute autre activité humaine, la recherche scientifique ne peut s’exercer que dans l’espace et dans le temps créés par Dieu. Dans son expression elle doit respecter une forme de logique qui fait partie elle aussi de l’ordre créé. Elle ne peut se contredire à tout bout de champ; à terme elle ne peut progresser sur des prémisses qui affirment ou sous-entendent l’inintelligibilité de toutes choses.

Elle examine les causes et les conséquences des phénomènes naturels qui font partie de la Création et cherche à établir de manière aussi systématique que possible des liens plausibles entre eux. Elle avance des hypothèses ou émet des postulats qu’elle tâche de vérifier de manière rigoureuse ; elle remet en cause des théories ou des modèles établis pour en énoncer d’autres qui rendent mieux compte de la cohésion des faits connus, voire qui peuvent ou pourraient permettre des avancées dans plusieurs domaines de la connaissance. Ces théories ou ces modèles sont du reste toujours susceptibles d’être revus, voire abandonnés. De ce fait l’entreprise scientifique revêt un caractère provisoire que les philosophes de la science au vingtième siècle ont fortement mis en évidence. Cela ne signifie cependant pas que certaines connaissances ne puissent être considérées comme acquises. Ainsi, la génétique, étudiant et déchiffrant l’ADN, est en mesure d’établir la stabilité de son code binaire au point qu’un scientifique contemporain (Sydney Brenner, prix Nobel de médecine en 2002) n’hésite pas à garantir la préservation inchangée de l’ADN humain sur des centaines de milliers d’années, tant sa structure est parfaitement verrouillée.

Ce qui donc est en jeu, et ce qu’il faut clarifier, c’est de savoir si la recherche scientifique a le monopole de ce qu’on peut appeler une vraie connaissance, si seule cette recherche peut prétendre avoir accès à une vérité incontestable, à l’exclusion de tout autre mode d’expression ou de communication. C’est hélas ce que beaucoup (et pas nécessairement les scientifiques eux-mêmes, soulignons-le) s’évertuent de faire croire au public. Or si tel était le cas, aucune autre forme d’activité humaine n’aurait le droit de nous apprendre quoi que ce soit: les plus grands chefs-d’œuvre de la littérature mondiale n’auraient rien à nous apprendre, les plus belles œuvres d’art non plus, les grands penseurs non plus; une mère ou un père ne pourrait transmettre aucun savoir fiable à ses enfants, il n’y aurait de place pour aucune forme de sagesse pouvant être transmise et enseignée.

Ce que la Genèse nous enseigne c’est justement ce que nul être humain ne pourrait découvrir par ses propres moyens: comment Dieu a été à l’œuvre au commencement, comment Il a créé et formé toutes choses, avec un plan et un but bien particulier. Lorsque ceci est cru et accepté, le chercheur scientifique, alors guidé par une foi éclairée, peut s’adonner à sa recherche en sachant que celle-ci ne le conduira pas vers l’absurde, mais plutôt vers une compréhension toujours plus avancée de la cohésion de l’univers, au sein même de sa plus grande complexité. Car l’univers créé par Dieu porte la marque de son Créateur. Quelle belle tâche que de découvrir toujours de nouvelles marques, de nouveaux signes de la marque divine imprimée dans la nature. Oui, quelle tâche exaltante pour celui qui s’y adonne dans l’émerveillement et la conscience de ses limites: car le monde créé par le Dieu éternel et tout-puissant se laisse bien découvrir progressivement, mais il se dérobe aussi à tout enfermement, comme si sa merveilleuse complexité reflétait toujours plus loin l’infinie sagesse de Dieu qu’aucun humain ne pourrait jamais enserrer dans son esprit limité… Certes, nous progressons sur la voie de la connaissance de l’ordre qui anime le monde physique et biologique, mais nous découvrons toujours davantage que cet ordre nous échappe, nous courons après lui dans une poursuite à la fois éperdue et fascinée…

Cela signifie-t-il que Dieu lui-même se dérobe à nous, et qu’Il ne veut pas être connu de nous? Certes non, car autrement Dieu n’aurait pas choisi de se révéler comme le Créateur de toutes choses dans le livre de la Genèse, comme sur tant de pages de la Bible. Lorsqu’Il a créé les humains, Dieu a imprimé de manière très spéciale son image en eux, afin qu’ils vivent dans une relation spéciale avec lui, une relation de communion. En leur enjoignant de se soumettre le reste de la Création, il leur a aussi commandé de découvrir cette Création, les plantes, les animaux, les étoiles… L’activité scientifique fait partie du mandat de l’homme sur terre, non pas pour l’éloigner du Créateur, comme c’est hélas si souvent le cas, mais au contraire pour l’en rapprocher. On a souvent fait remarquer à juste titre le fait suivant: la Bible présente les éléments de la nature comme dénués de pouvoir spirituel en eux-mêmes; ils ne sont pas à craindre car ce ne sont pas des esprits ou des divinités qu’il faille constamment apaiser par des rites ou des sacrifices (ce que faisaient justement les anciennes religions du Proche et du Moyen-Orient, et ce que font encore aujourd’hui toutes les religions animistes, en Afrique ou ailleurs). De ce fait, la possibilité d’explorer la nature sans se heurter à toutes sortes de superstitions ou de tabous a été favorisée par la religion issue de la Bible. Dans cette lignée, la Réforme protestante du seizième siècle a insisté sur le mandat culturel confié par Dieu à l’homme, afin qu’il découvre l’univers dans lequel son Créateur l’a placé pour le gérer. L’activité scientifique s’en est trouvée favorisée, sans qu’un divorce entre l’homme et Dieu ne soit avancé, divorce qui est intervenu plus tard dans la pensée philosophique européenne.

Dans un style poétique vibrant, le psaume 104 chante les merveilles de la Création dans cette relation de communion avec Dieu. Cet hymne de louange au Créateur mérite d’être lu dans son intégralité. En voici un extrait (24-35) en conclusion de ce chapitre :

Combien tes œuvres sont nombreuses, ô Éternel, tu as tout fait avec sagesse, la terre est pleine de tout ce que tu as créé: voici la mer immense qui s’étend à perte de vue, peuplée d’animaux innombrables, des plus petits jusqu’aux plus grands, les bateaux la parcourent, ainsi que le monstre marin que tu as fait pour qu’il y joue. Ils comptent sur toi, tous ces êtres, pour recevoir leur nourriture, chacun au moment opportun. Tu la leur donnes: ils la prennent, ta main s’ouvre, et ils sont comblés. Tu te détournes, ils sont épouvantés. Tu leur ôte le souffle, les voilà qui expirent, redevenant poussière. Si tu envoies ton souffle, ils sont créés, tu renouvelles l’aspect de la terre. Gloire à jamais à l’Éternel! Qu’il se réjouisse de ses œuvres! Son regard fait trembler la terre, il touche les montagnes et déjà, elles fument. Je veux chanter pour l’Éternel ma vie durant, célébrer mon Dieu en musique tant que j’existerai. Que mon poème lui soit agréable! Moi, j’ai ma joie en l’Éternel. Que les pécheurs soient ôtés de la terre! Que les méchants n’existent plus! Que tout mon être loue l’Éternel! Oui, louez l’Éternel

Eric Kayayan
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