HERMÉNEUTIQUE DU CANON : UNE QUALIFICATION CONFESSIONNELLE 1

L’expression herméneutique du Canon a trait à la nature particulière de la Bible en tant que Sainte Écriture.  Ce point de vue confessionnel ne sera certes pas partagé par tout lecteur de la Bible.  Il sera donc à nouveau nécessaire de distinguer clairement entre des points de départ divergents, et d’élargir notre champ de réflexion sur cette position confessionnelle et ce qui lui donne naissance. Mais avant d’entrer plus loin dans le sujet, il convient de tâcher de définir quelques appellations concernant le même objet, quoique différant quant à leur portée et leurs connotations.

Les mots Bible, Écriture(s), Révélation, Parole, Canon, sont proches ou liés les uns aux autres, tout en étant distingués, raison pour laquelle ils doivent être succinctement définis.

Le mot Bible se réfère au même livre (nous mettons ici entre parenthèses la question de l’inclusion ou non des quelques livres deutérocanoniques dans l’Ancien Testament) sur lequel des personnes de convictions religieuses ou philosophiques différentes pourraient avoir une discussion contradictoire, sans se méprendre toutefois sur le fait qu’elles parlent toutes de ce livre-là, et non, par exemple, d’un roman de Zola.

En revanche, le mot Écriture, au singulier, revêt bien une connotation confessionnelle, ou dénote au minimum la présence d’un aspect confessionnel lié à ce livre-là. Le singulier Écriture unit les différents écrits dont est composée la Bible, et lui confère donc un caractère d’unité. Le pluriel Écritures renvoie à la pluralité d’écrits composant la Bible, sans nécessairement remettre en question l’unité qui les lie. Il est significatif que le Nouveau Testament emploie fréquemment l’expression ta grammata, « les écrits » (traduction de l’hébreu ketubim), pour se référer à l’ensemble des écrits sacrés juifs, à savoir l’Ancien Testament.

Lorsque l’adjectif sainte(s) y est ajouté – Sainte(s) Écriture(s) – c’est l’origine sacrée de ces Écritures qui est soulignée, le fait qu’elles trouvent leur source dans une inspiration divine, celle du Saint Esprit.  Cet aspect apparaît déjà dans le Nouveau Testament lorsque l’apôtre Paul parle à Timothée de ta iera grammata (les écrits sacrés qu’il connaît bien depuis son enfance, 2 Tim. 3:15). La connotation confessionnelle est ici fortement accentuée, et le respect dû aux Écritures en raison de leur caractère sacré, clairement souligné.

Le mot Révélation se rapporte à la communication opérée par Dieu envers les hommes de son plan divin, par une opération qui ne relève pas de la recherche métaphysique ou religieuse des hommes.  Il est évidemment lui aussi fortement connoté sur le plan confessionnel.

Le mot Parole met l’accent sur l’origine divine des paroles prononcées dans l’Écriture prise dans son ensemble, avec leur caractère à la fois créateur et recréateur.  Il est significatif que contrairement à Écritures (au pluriel) on ne parle jamais de manière générique de Paroles de Dieu pour qualifier la Bible de manière confessionnelle (or, on dira bien les paroles d’Amos, ou de Paul en tant que personnes humaines s’exprimant ou contribuant à l’établissement des Écritures).  Le singulier Parole nous ramène ainsi à l’essence même d’un acte unifié de nature divine.

Le mot Canon dénote de manière plus précise le caractère d’unité de l’Écriture en plaçant l’élément historique de la constitution progressive de la Bible en tant qu’Écritures au sein d’un acte unifié, adéquat et suffisant de révélation, avec son commencement et sa fin.  Pour cette raison, la notion de Canon dénote également une règle ou une mesure faisant autorité.

Au sens plus précis de bibliothèque d’écrits sacrés faisant autorité pour la foi, la vie et la pratique des églises, cette notion apparaît notamment dans les écrits des pères de l’Église Athanase (367), Grégoire de Nazianze (c. 389), peut-être Amphilochius (les iambi ad Seleucum, c. 395), voire dès le concile de Laodicée (363). Ce dernier, tout au moins dans ce qui semble être la rédaction originale des décisions qui y furent prises, ne donne pas la liste des écrits canoniques du Nouveau Testament (elle apparaîtra cependant dans des copies ultérieures du concile), mais souligne le fait qu’un nombre déterminé d’écrits sacrés ont été reçus comme canoniques par les églises représentées au concile, qu’ils y sont lus et doivent continuer de l’être, à l’exclusion des autres, lesquels s’étaient fortement multipliés depuis la seconde moitié du 2e siècle, à l’instar de l’évangile de Thomas, de nature clairement gnostique.  Le concile n’établit donc pas le (ou un) Canon, mais en reconnaît l’existence dans la pratique des églises.  Il est significatif de remarquer que les deux manuscrits les plus complets du Nouveau Testament qui nous sont parvenus du 4e siècle, le Codex Sinaïticus et le Codex Vaticanus incluent l’épître de Barnabas et le Berger d’Hermas pour l’un, les deux épîtres de Clément pour l’autre, sans pour autant que ces écrits aient trouvé leur place dans le Canon. Il est tout aussi significatif de constater qu’aucun codex du Nouveau Testament en circulation durant les premiers siècles de l’ère chrétienne ne comprend un seul évangile gnostique.

Nous pouvons maintenant revenir à la position confessionnelle concernant la Bible en tant qu’Écriture Sainte, Révélation, Parole et Canon, position qui doit être explicitée plus avant. C’est ce que je ferai dans une série d’articles à suivre.

 

Eric Kayayan
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