HERMÉNEUTIQUE DU CANON : UNE QUALIFICATION CONFESSIONNELLE (2)

Un axiome de base: l’illumination par le Saint Esprit 

Après avoir précisé ce que dénotent les expressions “Écriture Sainte, Révélation, Parole et Canon” appliquées à la Bible (cliquez ici), revenons à la position confessionnelle concernant la Bible selon ces catégories, position qui doit être explicitée plus avant.

Commençons par affirmer comme a priori axiomatique, que l’origine de cette position confessionnelle ne peut jamais être attribuée à un processus d’exploration scientifique fondé sur une méthode inductive, c’est-à-dire rassemblant progressivement des faits éparpillés et les organisant méthodiquement pour mettre en évidence une unité de but, d’organisation et de sens entre eux qui soit satisfaisante pour l’esprit de celui qui s’adonne à cette recherche (une sorte de paléontologie de la foi en la nature divinement inspirée et sacrée de l’Écriture,  qui s’attacherait à étudier divers phénomènes historiques pour parvenir à l’établissement de cette réalité confessionnelle).  Elle est seulement attribuable à une action particulière de Dieu, à savoir l’illumination du Saint Esprit.  Il est du reste à noter que cette action illuminatrice est mentionnée dans l’Écriture à plusieurs reprises, en particulier chez Paul (Jean 14.15-17 ; 26 ; 1 Cor. 2.12-15 ; 2 Cor. 3.14-18 ; 4.5-6 ; Éph. 1.17-21).

Un point de vue incrédule – non confessionnel – en ce qui concerne la Bible, ne pourra naturellement pas accepter cette action divine donnant naissance à une position confessionnelle, comme un fait possédant une existence réelle.  Il est en effet évident que la possibilité même d’une telle action divine ne trouvera jamais de place dans une vision phénoménologique matérialiste ou naturaliste du fait religieux.  Cette position immanentiste se réfugiera derrière le reproche d’un raisonnement circulaire qui poserait comme point de départ son point d’arrivée, un Alpha et un Oméga impossibles à prouver voire à envisager dans le cadre d’une raison humaine purement autonome (dont la réalité n’est elle-même qu’un présupposé jamais prouvé ou démontré). Cependant, soulignons-le, ce point de vue incrédule ne pourra fournir aucune réponse alternative satisfaisante en ce qui concerne l’origine et la naissance d’un point de vue confessionnel.  Ses tentatives d’explications phénoménologiques se fourvoieront toujours car elles le ramèneront immanquablement à ses propres présupposés immanentistes niant a priori la possibilité d’un Dieu qui est parfaitement capable de se révéler à l’humanité en tant que Dieu, car autrement il ne saurait être Dieu.  Ce présupposé tâche en fait d’enfermer dans ses propres limites tout ce qui justement défie radicalement un tel enfermement.   La cohésion et l’interdépendance entre ce qui est cru quant à l’origine de l’Écriture comme Canon d’une part, et l’origine de la position confessionnelle à son sujet d’autre part, se trouvent donc au cœur de ce qui est discuté ici.  Pour le dire autrement, ce que nous croyons quant à l’origine du Canon, et l’origine de notre propre foi, sont indissociables l’un de l’autre.

Confesser le Canon avec la Confession Belgica

Dans ce qui suit on s’attachera à éclairer la notion proposée d’herméneutique du Canon à la lumière de la confession de foi réformée dite « Belgica » (1561), car elle articule justement la nature de cet ancrage confessionnel et de la relation qui l’anime.

Après avoir affirmé la connaissance de Dieu qui dérive de la création, conservation et gouvernement du monde universel qui sont devant nos yeux comme un beau livre, l’article 2 de la Belgica énonce ceci à propos de l’origine et du but de l’Écriture: Deuxièmement, il [Dieu] se fait connaître plus manifestement par sa sainte et divine Parole ; suffisamment pour notre besoin en cette vie, pour sa gloire et pour le salut des siens. L’article 7 le souligne encore : Nous croyons que cette Écriture Sainte contient parfaitement la volonté divine, et que tout ce que l’homme doit croire pour être sauvé, y est suffisamment enseigné.

A l’article 5 (qui suit l’énumération des livres tenus pour canoniques à l’article 4), on lit : Nous recevons ces livres-là seulement pour saints et canoniques, pour régler, fonder, et établir notre foi ; et sans douter nous croyons toutes les choses qui y sont contenues, non principalement parce que l’Église les reçoit et les approuve comme tels ; mais parce que le Saint-Esprit rend témoignage en notre cœur qu’ils sont de Dieu, et c’est une évidence même pour les aveugles qui peuvent apercevoir que les choses qui y sont prédites sont vraiment accomplies. 

Le début de l’article 22 affirme : Nous croyons que pour obtenir la vraie connaissance de ce grand mystère [la réconciliation avec Dieu par Jésus-Christ seulement], le Saint-Esprit engendre en nos cœurs une vraie foi, laquelle embrasse Jésus-Christ, avec tous ses mérites, le fait sien, et ne cherche rien hors de lui.

 L’article 24 énonce : Nous croyons que cette vraie foi, étant engendrée en l’homme par l’écoute de la parole de Dieu et par l’opération du Saint-Esprit, le régénère et le fait nouvel homme, le faisant vivre d’une nouvelle vie, l’affranchissant de la servitude du péché.

 En ceci (particulièrement à l’article 5), la confession Belgica s’accorde avec le chapitre 7 du premier livre de l’Institution de la Religion Chrétienne de Calvin (1559-1560) dont le titre résume le propos: Par quels témoignages il faut que l’Écriture nous soit approuvée, [afin] que nous tenions son autorité [pour] certaine, à savoir du Saint-Esprit : et que ça a été une impiété maudite de dire qu’elle est fondée sur le jugement de l’Église. Au second paragraphe de ce chapitre, cette impiété maudite est mise évidence par un argument tiré de l’Écriture elle-même : Or [de] tels brouillons sont assez rembarrés par un seul mot de l’Apôtre, [quand] il dit que l’Église est soutenue des Prophètes et Apôtres (Éphés. 2.20). Si le fondement de l’Église est la doctrine que les Prophètes et Apôtres nous ont laissée, il faut bien que cette doctrine ait toute certitude [avant] que l’Église commence à venir en être (…)

 Dans son commentaire sur l’Évangile selon Jean (14.17: …à savoir l’Esprit de vérité…), le même Calvin écrit :

 Le Christ orne le Saint-Esprit d’un autre titre : c’est qu’il est Maître ou Docteur de vérité; il s’ensuit que les entendements de tous les hommes sont saisis de mensonge et de vanité, jusqu’à ce qu’ils soient enseignés par lui au-dedans (…) Le Christ exhorte ses disciples de se garder de repousser d’eux la grâce du Saint-Esprit, étant enflés de sens charnel, comme ce monde a coutume de le faire.  Pour les hommes terriens c’est un songe que tout ce que la Sainte Écriture dit du Saint-Esprit, parce que s’appuyant sur leur propre raison, ils méprisent et rejettent l’illumination céleste.  Or bien que cette arrogance règne partout, qui, en tant qu’il est en elle, éteint la lumière du Saint-Esprit, toutefois quant à nous, sentant notre disette, sachons que tout ce qui est de saine intelligence ne sort point d’autre fontaine.   Les paroles du Seigneur Jésus montrent bien que rien ne peut être connu par le sens humain de ce qui concerne le Saint-Esprit, mais qu’il est seulement connu par l’expérience de la foi. « Le Monde, dit-il, ne peut recevoir le Saint Esprit parce qu’il ne le connaît point ; mais vous vous le connaissez bien parce qu’il demeure avec vous. » Il n’y a donc que l’Esprit qui habitant en nous, se donne à connaître en nous ; autrement, il nous est inconnu et incompréhensible.

 Il apparaît donc que l’herméneutique du Canon envisagée ici est par excellence une question pneumatologique [qui a trait au Saint-Esprit], dans la mesure où elle dépend de l’interaction entre l’Esprit et la Parole.  

Si ce qui vient d’être dit peut paraître évident pour quiconque se situe dans une optique résolument confessionnelle, il n’en demeure pas moins nécessaire de distinguer la nature de l’Écriture comme Canon de celles d’autres écrits humains. C’est ce à quoi je m’attacherai dans mon prochain article sur ce thème de l’herméneutique du Canon que je traite progressivement dans une série d’articles parus sur ce blog.

Eric Kayayan
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