RÉCRÉATION OU IDOLÂTRIE ? JEAN DAILLÉ SUR LE SECOND COMMANDEMENT

Dans son sermon sur le second commandement (Exode 20.4-5 : « Tu ne te feras pas de statue ni de représentation quelconque… Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte… ») le pasteur Jean Daillé (1594-1670) distingue nettement entre les buts artistiques et récréationnels des arts plastiquestout à fait légitimes dans l’ordre créationnelde leur utilisation cultuelle, idolâtre, interdite par ce commandementIl pose néanmoins certaines bornes pour l’utilisation des œuvres d’art dans la sphère privée, prenant en compte les meurs de son époque.

Je viens donc à la seconde partie du Commandement : Tu ne te prosterneras point devant elles, c’est-à-dire devant les images ou ressemblances, et tu ne les serviras point, dit le Seigneur.

C’est ici la forme et comme l’âme de cette ordonnance. Car nous sommes tous d’accord que le Seigneur ne défend pas – simplement et absolument – de faire des images, autrement il faudrait abolir la peinture et la sculpture, et tous les autres arts qui représentent les choses naturelles, en quelque temps que ce soit, et ce contre l’intention de Dieu qui en a donné l’industrie aux hommes, et aussi contre l’opinion et l’usage des plus sages peuples et des plus excellents personnages du monde et de l’Église. Mais Dieu défend les images que l’on emploie dans la Religion, pour leur rendre quelque vénération et service, comme si c’étaient soit des divinités, ou du moins des organes et des moyens par lesquels la Divinité reçoive l’hommage et le service de l’homme, ou par lesquels elle lui communique sa grâce et ses faveurs.

Cela apparaît par les mots du Législateur : Tu ne te feras, dit-il, aucune image.  Tu ne te prosterneras point devant elles et ne les serviras point. Liaison qui montre clairement que Dieu ne condamne l’image qu’en tant que l’on s’en sert en la Religion, que l’on se met à genoux devant elle, et qu’on lui rend quelque service.

D’où vous voyez, pour vous le dire en passant, combien est mal fondé le scrupule de ceux qui rejettent tout usage des images, et réprouvent entièrement la peinture et tous les métiers semblables.  Nous confessons, quant à nous, qu’il est permis de représenter les choses naturelles, les hommes et les animaux, les créatures animées et inanimées, soit avec le pinceau, soit avec le ciseau et le burin, et en semblables manières ; soit en petit, soit en grand volume. Nous estimons que l’on s’en peut utilement servir, sans offenser Dieu, pour la recréation des sens, pour l’ornement des maisons, pour la mémoire des personnes ou des choses passées, et même pour l’instruction de nos esprits, comme pour mieux apprendre la situation des lieux, la distinction, les mouvements des astres, la forme et la figure des simples, et mille autres choses semblables.

Seulement nous désirerions que les maîtres de ces métiers retinssent leur industrie dans les bornes de la vérité et de l’honnêteté, et que les hommes fussent et plus modérés (soit pour la qualité de cette sorte d’ouvrages) et plus respectueux pour leurs yeux, et pour leur propre dignité.  Car la licence en est venue à tel point que les chambres et les cabinets des hommes et des femmes, non seulement du monde, mais même de l’Église, sont aujourd’hui pleins de peintures que l’on ne voyait autrefois que dans les maisons infâmes, tant est grande la corruption, et si j’ose dire, l’impudence de nos meurs.

Mais pour en revenir à notre sujet, je dis que le Seigneur nous défend en ce lieu, non de regarder des images, par divertissement, pour y admirer l’artifice du peintre et y recréer nos yeux, ou pour y apprendre la forme d’une personne ou d’une chose inconnue, ou nous rappeler l’idée d’une absence, mais bien de les adorer et servir, de nous prosterner devant elles, et de leur rendre aucun des services par lesquels les hommes ont accoutumé de témoigner leur religion et dévotion envers la divinité, à quelque intention et sous quelque prétexte que cela se fasse.

Les paroles de la Loi sont expresses et formelles, dont la première Tu ne te prosterneras point, signifie le geste et l’action extérieure de l’adoration, qui est un hommage dû à la seule Divinité, et la seconde Tu ne les serviras point, signifie en général tous les actes de la Religion que les hommes exercent à l’honneur de ce qu’ils estiment Divin, comme le sacrifice, la prière ; l’invocation et l’action de grâces, l’encensement et l’offrande religieuse de quelque chose que ce soit ; la dédicace d’un temple, la visitation dévote du lieu qui lui est consacré, et autres semblables.

  • En illustration: Littoral durant la nuit, par Ivan Aïvazovski (1817-1900)
Eric Kayayan
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