JEAN DAILLÉ PRÊCHE SUR LE CATÉCHISME DE GENÈVE

Dans l’extrait suivant du sermon de Jean Daillé (1594-1670) sur le début du Catéchisme de Genève, il est question de la connaissance de Dieu, en premier lieu à travers sa Création. Cependant, l’aveuglement des humains depuis la Chute les empêche de connaître Celui qui s’est pourtant si clairement révélé dans ses oeuvres magnifiques.  Pour avoir une connaissance de Dieu menant au salut, “Il faut quitter la Création, et le monde, pour considérer l’œuvre de notre Rédemption et l’Église de Jésus-Christ.”

  Quel est le but principal de la vie humaine ? – C’est de connaître Dieu, car il nous a créés.

Or, mes frères, nous pouvons connaître Dieu de deux façons : par la Nature et par la Grâce, dans la Création et dans la Rédemption.

Et pour ce qui est de la connaissance que nous pouvons avoir de Dieu par les œuvres de la nature, il ne faut pas douter que quand Dieu créa le premier homme, il ne le fit pour se donner à connaître à lui, par la contemplation de ce magnifique Théâtre où il avait mis devant les yeux les merveilles de sa bonté, de sa puissance et de sa sagesse.  Et c’était la première pensée que la vue de ce beau jardin où Dieu avait logé Adam, lui devait faire naître dans l’esprit.

Car, si lorsque nous entrons dans quelque superbe palais, nous ne saurions nous empêcher de louer l’adresse de l’Architecte qui l’a bâti ; et s’il n’y a point d’homme, quelque ignorant qu’il puisse être, qui vînt jamais à s’imaginer que ce fût le hasard qui eût produit un si bel ouvrage, dirons-nous qu’Adam ait cru que le Monde se soit fait lui-même, et que la rencontre fortuite de certains atomes ait donné l’être à tant de merveilleuses choses, et la vie à tant de sortes d’animaux ? Ne jugerons-nous pas plutôt qu’un objet si admirable lui en fit d’abord reconnaître le Divin Auteur, et que d’un côté la grande diversité des choses qui se présentaient en foule à ses yeux, lui donna sujet de penser que celui qui les avait formées devait avoir une puissance infinie, puisqu’à moins de cela, il ne lui eût pas été possible de tirer du néant tant de créatures si différentes ?  Et que d’autre part, le bel ordre des parties du monde et la juste symétrie de tant de corps si divers, et même contraires ; enfin l’abondance de tout ce qui est nécessaire à la subsistance des membres de ce grand Tout, lui firent admirer la sagesse de celui qui avait si bien arrangé toutes ces choses, et qui avait pourvu si libéralement à leurs nécessités ?  D’ailleurs aussi il considéra, sans doute, la grande bonté de l’Auteur de l’Univers, en ce qu’ayant suffisamment en lui-même de quoi se contenter, étant assez riche de ses propres biens, et n’ayant besoin d’aucune de ses créatures, il avait néanmoins voulu leur communiquer une partie de l’être qu’il possédait tout seul, et le leur conserver par la même vertu qui les avait premièrement créées.  C’est ce que l’Apôtre S. Paul nous apprend en l’Épître aux Romains (1:19-20), quand il dit que ce qui se peut connaître de Dieu est manifesté aux hommes, et ce qu’il y  a d’invisible en lui, à savoir tant sa puissance éternelle, que sa divinité se voient comme à l’œil par la Création du monde, étant considérées par ses ouvrages.

Dieu donc, mes Frères, nous a mis dans le monde pour l’y connaître et pour parvenir, par la vue de ses œuvres, à la connaissance de ses vertus et de sa nature, pour remonter, par les effets, à la cause première qui les a produits, et par les ruisseaux, à la source infinie d’où ils découlent.  C’est pour cela qu’après avoir créé le monde au commencement, il le conserve depuis tant de siècles par sa puissance et le gouverne par sa Providence.  C’est pour cela qu’il fait luire son Soleil sur les méchants et sur les bons.  C’est pour cela qu’il donne aux uns et aux autres la vie, la respiration, et toutes choses (Actes 14 :17).  C’est pour cela qu’il ne s’est jamais laissé sans témoignage, nous envoyant du Ciel les pluies et les saisons fertiles, et remplissant nos cœurs de nourriture et de joie.  C’est pour cela enfin, qu’il a fait tous les hommes d’un seul sang, et qu’il a marqué les bornes de leur habitation, afin, dit S. Paul (Actes 17 :27), qu’ils cherchent le Seigneur et qu’ils tâchent de le trouver, comme en tâtonnant, quoiqu’il ne soit pas fort loin de chacun de nous.

Et il faut bien remarquer ce que l’Apôtre dit, qu’ils cherchent Dieu comme en tâtonnant. Car il est certain que les hommes, depuis le péché, sont comme des aveugles, qui, quand il s’agit de Dieu et de la Religion, ne voient absolument goutte, et qui, par manière de dire, marchent à tâtons en plein midi.  J’avoue que la lumière naturelle dicte à la plupart du genre humain, qu’il y a un Dieu, et que l’homme est coupable devant lui.  Et tous ces sacrifices qui étaient en usage parmi les Païens, aussi bien que parmi les Juifs, nous fournissent des preuves de cette vérité.  Il y a même eu quelques philosophes qui ont deviné quelque chose de la vertu ; et des peuples tout entiers qui ont cru en l’immortalité de l’âme.  Mais la raison ne les a jamais portés au-delà.  Et comme leur entendement était corrompu par le péché, sur ces bons fondements ils ont bâti de très mauvaises choses.  Les uns, pour apaiser la colère de la Divinité, qu’ils semblaient bien qu’ils avaient méritée, ont institué des services et des sacrifices qui étaient de nouveaux péchés, bien loin d’expier les précédents.  Les autres, au lieu d’une seule Divinité, qui est la vraie, en ont adoré une infinité de fausses, et tous en général se sont écartés de la connaissance pure et sincère de Dieu pour laquelle ils avaient été créés, et se sont misérablement perdus dans leurs raisonnements et dans leurs vaines pensées.

Ainsi, mes frères, vous voyez que l’école de la nature ne suffit pas dans le dérèglement où sont aujourd’hui les facultés de notre âme, pour nous faire connaître Dieu de la façon qu’il demande de l’être, et de la sorte qu’il est utile pour notre salut.  C’est pourquoi, afin d’avoir une connaissance plus parfaite de Dieu, il faut avoir recours à celui qui est son éternelle Sagesse, et en qui sont cachés tous les trésors de connaissance et d’intelligence.  Il faut quitter la Création, et le monde, pour considérer l’œuvre de notre Rédemption et l’Église de Jésus-Christ.

Eric Kayayan
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