A LA RECHERCHE DU PARADIS PERDU

En 1979 paraissait « à la Recherche du paradis perdu », ouvrage du philosophe chrétien Jean Brun paru aux Presses Bibliques Universitaires.  Dans la veine de ses autres livres (La nudité humaine, Le retour de Dionysos, L’homme et le langage, Le rêve et la machine etc.)  Jean Brun y démontait en les mettant à nu les tentatives humaines de notre civilisation occidentale pour recréer par le pouvoir mystificateur de ses propres idées un paradis terrestre sécularisé, coupé de toute véritable Transcendance. A l’heure du biopouvoir, où la personne humaine se voit progressivement réduite à un code barre,  contrôlée par un Etat omniscient, omniprésent et omnipotent, le tout au nom d’une ingénierie sociale et politique censée la protéger contre de nouveaux fléaux sanitaires, la phrase suivante devrait particulièrement être méditée :   D’autre part, la science et la technique, qui s’étaient proposé de connaître la nature afin de la maîtriser et de la refaire selon d’autres rythmes, se tournent aujourd’hui vers l’homme qu’elles traitent à la fois comme un outil et comme un matériau pour le manipuler sans répit.

La culture contemporaine est largement modelée par l’idéal révolutionnaire de la conquête de droits humains.  De même que, pour rester dans l’élan mythique de 1789, il faut aujourd’hui constamment s’inventer de nouveaux droits à conquérir (fussent-ils des droits esclavagistes pour ceux qui devront plus tard se plier à leurs exigences illégitimes) il faut s’inventer de nouveaux fléaux à vaincre, à l’aide d’armes spécialement conçues par l’ingénierie humaine.  Il serait autrement impossible de justifier notre foi dans le progrès continu et inéluctable de l’humanité, envisagée comme intrinsèquement porteuse du bien et destinée à vaincre le mal par ses propres moyens, dialectiques aussi bien que technologiques. En revanche, que les maux à vaincre aient pu être engendrés par ces mêmes moyens qui prétendent les éliminer, ne vient naturellement jamais à l’esprit de ceux qui les conçoivent et les déploient avec toute l’énergie dont ils sont capables.

Voici l’introduction de « à la Recherche du paradis perdu », qui devrait inciter à lire les pages qui la suivent :

Depuis que l’homme a une histoire, il n’a cessé de travailler à substituer au Jardin d’Eden, dont il gardait la nostalgie, un paradis terrestre que la science et la    technique lui disaient être à portée de sa main.  Or, si les historiens, les sociologues et les économistes nous démontrent, à l’aide de statistiques indubitables, que le niveau de vie de l’homme occidental n’a cessé de s’élever, que la moyenne de la vie humaine est de plus en plus longue, que la médecine, la psychologie et des mesures politiques sont venues à bout de fléaux dont nous avons même oublié qu’ils aient pu être jadis terribles, force est de reconnaître que les solutions que le monde se donne à lui-même posent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Le désarroi est devenu le lot d’une humanité qui se prétend pourtant capable de se diriger elle-même, de vaincre la superstition, l’erreur, la passion et le mal grâce aux ressources infinies de l’action.

D’une part en effet, la Terre court vers le surpeuplement tandis que les ressources du globe s’amenuisent sans se reconstituer et que la consommation de minerais et d’énergie ne fait que croître.  D’autre part, la science et la technique, qui s’étaient proposé de connaître la nature afin de la maîtriser et de la refaire selon d’autres rythmes, se tournent aujourd’hui vers l’homme qu’elles traitent à la fois comme un outil et comme un matériau pour le manipuler sans répit.  Ainsi se développe une violence rationnelle et planifiée qui vient s’ajouter à celle déclenchée par toutes les conduites de rejet, de contestation et de révolte recherchées par un homme qui oscille sans cesse de la nausée à la fureur de vivre en ingurgitant toutes sortes de drogues.

De plus en plus inexorablement happés par les tourbillons pour lesquels nous programmons nos machines et nos cités, nous gardons cependant le sentiment obscur que nous n’avons plus de message et que nous sommes immergés dans un temps impitoyablement creux. Mais, comble de la dérision, pour tenter de bien remplir ce vide, nous multiplions aussitôt nos machines et nous implorons la cité, accroissant par là notre douleur et notre égarement.

Ainsi, dans les villes tentaculaires et sur les routes embouteillées, s’avance la meute des errants qui n’ont plus de prochain et qui ne voient dans l’autre que l’adversaire qu’il faut abattre ou que le partenaire avec qui l’on peut jouer à l’existence.

Nous avons voulu faire descendre la Vérité et la Lumière du Ciel sur la Terre, et nous n’avons fait qu’épaissir les ténèbres.  Car l’outil a finalement trouvé sa vocation dans l’arme puisque l’humanité possède aujourd’hui le pouvoir de se désintégrer elle-même dans une sorte d’Anti-Création, de Genèse Noire, qui la rayeraient de la carte du monde.  Le voleur de feu Prométhéen a donné naissance à un Erostrate cosmique parce qu’il a cru que la Lumière pouvait naître du monde et que l’Eau Vive jaillirait des sources de la Terre.

Face à la tristesse de ce monde qui engendre la mort, le christianisme est venu apporter le Message.  L’Ancien Testament en avait rédigé les premières phrases : la Genèse, le Livre de Job, l’Ecclésiaste ont brossé la condition de l’homme de toujours, tandis que les Psaumes ont fait naître dans nos cœurs les chants d’imploration et d’espérance.  La Passion du Christ, elle, a témoigné de l’Amour qui sauve et nous a montré le Chemin de la Vérité.

Car toute la Bible nous met en garde cotre le prestige des œuvres dépouillées de spiritualité : en ce sens, la foi dans la Vérité est le plus solide fondement d’un esprit critique capable de s’exercer à l’égard des vérités définies par les hommes et imposées par le monde.  Le Message de la Bible nous donne à comprendre que nous appartenons à la Vérité, mais que la Vérité ne nous appartient pas, que nous sommes dans la Vérité, mais que la Vérité n’est pas en nous.  Nous sommes dans la Vérité car nous avons été crées à l’image de Dieu, et cela la Révélation des Ecritures nous le rappelle sans cesse. Mais la Vérité n’est pas née en nos cœurs car demeure, en nous, autour de nous et entre nous, un Mal radical qu’aucune thérapeutique humaine n’est capable de vaincre.

Nous ne sommes donc ni les dépossédés ni les possesseurs du Vrai, et si la question de la Vérité se pose à nous c’est parce qu’elle a surgi d’un horizon situé au-delà de nous-même.  Etre de la Vérité implique que nous cherchions à nous en faire les témoins au nom d’un Sacré qui, loin d’écraser l’homme, lui donne un sens et lui permet de se retrouver non plus face à l’autre mais avec lui.

Malheureusement, les « marchands du Temple » ont à nouveau envahi la maison du Seigneur.  Ils n’y vendent certes plus des marchandises, comme ils le faisaient jadis, ils y vendent des idées.  Idées nées du monde et au nom desquelles l’Eternel se trouve sécularisé, la Lumière domestiquée et la Vérité manipulée.  Idées qui tentent de réduire le christianisme à une philosophie, à un moment dialectique de l’histoire, voire à un système politique dont l’instigateur serait Jésus qui, nouveau Spartacus né de Joseph et de Marie, aurait tenu au monde le langage du monde.  Les marchands du Temple s’affairent aujourd’hui autour des Ecritures pour les améliorer, les rectifier, les disséquer, les manipuler et les faire parler, alors qu’eux-mêmes sont incapables de se mettre à leur écoute.  Pauvres idées qui finissent par joncher le sol du monde, balayées par d’autres idées qui disparaîtront à leur tour, idées jaillies des « lumières » humaines, idées qui germèrent dans la tête de démolisseurs et de constructeurs qui leur ont implicitement demandé de les distraire ou de les enivrer.

Face à elles demeurera la Lumière dont le monde n’est qu’une ombre, ombre au sein de laquelle l’homme, à la recherche du Paradis perdu, attend de tout son être l’Etoile qui guidera ses pas.

Eric Kayayan
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