LES CARACTÉRISTIQUES D’UN ENSEIGNEMENT CHRÉTIEN 2

Le texte qui suit est le second volet d’une conférence donnée par Véronique Haberey lors du webinaire organisé par Foi et Vie Réformées le 21 novembre 2020 sur le thème de l’enseignement chrétien dans un cadre biblique (face à la sécularisation quels défis principiels et pratiques?) Véronique Haberey  est docteur en sciences de l’éducation, présidente de l’association R.O.C., membre du comité directeur de l’établissement privé Daniel (Guebwiller, Haut-Rhin), professeur-chercheur en haute école de santé (Neuchâtel, Suisse). 

Ce second volet de la conférence de madame Haberey traite du statut de la connaissance et du savoir.

Vous pourrez retrouver la vidéo compète de son intervention ainsi que celle des autres intervenants à ce webinaire, dans la page vidéo de notre site.

 

3.- Le statut du savoir et de la connaissance

Sans doute ce point est-il un point crucial dans ce qui distingue l’éducation chrétienne : le statut de la connaissance. En effet, le présupposé que nous avons, est soit que nous croyons qu’un Dieu Créateur de toutes choses régit les lois de l’univers, soit que cette terre est le fruit d’un pur hasard. Ces présupposés vont totalement modifier notre rapport et notre compréhension de ce qu’est la connaissance et de son statut.

Créateur source de la sagesse et de la connaissance

Bien évidemment, nous croyons fermement en l’existence de ce Dieu omniscient, omniprésent et omnipotent. Or, présupposer l’existence de Dieu, suppose que les éléments sont divinement régis, selon un ordre précis qui échappe, partiellement au moins, à la raison humaine. Selon les Écritures, que l’on parle de métaphysique, d’épistémologie, d’ontologie, de moralité ou de pédagogie, tout s’inscrit dans une téléologie orientée vers la source même de la sagesse qui est en Dieu.

Si Dieu est le créateur de toutes choses comme nous l’affirmons, il parait invraisemblable de vouloir connaître sa création sans le connaitre Lui.

Le livre des Proverbes souligne le caractère déficient de la sagesse purement humaine. Le fondement de la sagesse est posé dès le début : révérer l’Éternel est le principe fondamental : La clé de la Sagesse c’est de révérer l’Eternel (1:7). Dans les chapitres 1-9, l’auditeur est invité à ne pas se reposer sur sa propre intelligence, mais à se confier pleinement en l’Eternel : Mets ta confiance en l’Eternel de tout ton cœur, et ne te repose pas sur ta propre intelligence… (3:5) et (v.7) : ne te prend pas pour un sage… . La suite rappelle que la sagesse est indissociable du respect de l’Éternel et y conduit (2, 5) ; l’auteur invite à plusieurs reprises à révérer l’Éternel pour une vie épanouie.

Augustin (354-430)

Puisque notre nature, pour exister, a Dieu pour auteur, il est bien certain que, pour acquérir la connaissance, nous devons l’avoir pour docteur P.43.

Le fait de connaître (naître avec) ne peut se vivre qu’en relation avec Dieu, dans la mesure où c’est Lui qui donne l’intelligence et la sagesse ; c’est en Lui que sont tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (Colossiens 2:2-3) et c’est Lui qui est la clé de toute science. Sagesse incarnée en la personne de Jésus qui est la Vérité (Jean 14:6). Il est le fondement de tout (1 Corinthiens 3:11). Il est l’Alpha et l’Oméga (Apoc. 22:13), le commencement et la fin.

Et peut-être si l’on faisait une petite comparaison très limitée, considérons la photo d’une rose. Aussi belle soit-elle, le photographe ayant mis toutes ses compétences et toute sa motivation à la réaliser, elle ne restera jamais qu’une photo et ne pourra jamais prétendre égaler la rose dans toute sa réalité en 3D.

C’est pourquoi aussi Augustin déclare plus haut que: La terre, si elle n’est éclairée par la lumière, ne peut être vue ; et pareillement les enseignements des diverses disciplines, bien que chacun concède sans nul doute qu’ils sont parfaitement vrais, il faut croire qu’on ne pourrait les comprendre s’ils n’étaient éclairés par Dieu comme par le soleil. p.71

En parlant de l’enseignant, nous avons dit que le rejet de Dieu avait conduit à rejeter l’autorité. Nous rencontrons des problèmes similaires ici, en lien avec la connaissance puisque le rejet de Dieu a également conduit à :

  • Rejeter l’ordre créationnel
  • Rejeter la vérité

Ordre créationnel et vérité

Si l’on croit que Dieu est le créateur, alors force est de croire aussi que Sa création n’est pas le fruit d’un hasard aussi heureux soit-il ! Elle forme un tout cohérent régi selon un ordre bien précis.

C’est dans ce projet global bien agencé par le Grand Architecte que s’inscrit la connaissance. La Bible l’éclaire, permettant et offrant un autre accès à la connaissance en mettant en lumière la volonté divine première.

 Rushdoony (1916-2001) – Philosophe et théologien calviniste

L’éducation chrétienne ne consiste donc pas en un programme auquel on ajoute la Bible, mais en un programme dans lequel la Parole de Dieu gouverne et donne forme et sens à chaque sujet, chaque matière C’est seulement dans une école chrétienne, si elle est fidèle aux Écritures, qu’il peut y avoir un véritable programme scolaire libérateur. P.285

C’est sans doute un des plus grands mensonges de l’humanité que d’avoir cru que l’homme pouvait se passer de Dieu pour connaître. Certes, il obtient une certaine compréhension des choses, mais sa vue reste toujours très partielle. L’orgueil le pousse à vouloir tout maîtriser mais Paul nous rappelle que ceux qui croient pouvoir être les maîtres de la connaissance qu’Ils apprennent toujours et ils ne peuvent jamais parvenir à la connaissance de la vérité 2 Tim. 3.7.

C’est pourquoi la vision biblique est si importante dans nos enseignements. Sans mettre des versets à toutes les sauces ce qui n’aurait guère de sens, il s’agit bien plutôt de réfléchir les différentes matières dans le plan initial de Dieu, de voir comment elles ont pu (ou les sujets qui les composent) être affectées par la chute, et quelle est l’œuvre rédemptrice prévue par Dieu.

Ainsi l’éducation chrétienne ne sépare pas la connaissance de la foi, puisqu’elle propose la connaissance ancrée dans la foi. La vision dualiste, fruit de l’héritage grec qui sépare le sacré du profane, est remplacée par une vision unificatrice et « christocentrique » (Romains 11:36).

Nous croyons que la vérité se situe dans la révélation divine et non dans la sagesse humaine. L’esprit éclairé peut saisir une partie de cette vérité révélée.

Comménius (1592-1670)

Il ne faut pas scruter la nature avec une lumière obscure des païens, mais avec la torche que le Christ a apportée dans les ténèbres du monde – c‘est dans la lumière, Oh Dieu, que nous verrons la lumière. Psaume 36:10

Il est dès lors totalement inadéquat d’évoquer la notion de hasard, si ce n’est, comme le disait Einstein, pour dire que ce hasard correspondrait simplement à la « Providence de Dieu » !

Et nous nous heurtons ici à nouveau à la conception contemporaine de la connaissance dans son regard sur la notion de vérité comme absolu. Car bien sûr, partir du postulat que tout est hasard n’est pas compatible avec la conception d’une connaissance unique et absolue. Or c’est bien là que le bât blesse depuis le siècle des Lumières. En se séparant de Dieu et en le mettant de côté, les philosophes ont ouvert la porte à un gros souci, celui du relativisme des valeurs et de la connaissance.

Or cette affirmation de Dieu comme source de toute connaissance s’élève aussi à contre-courant de la pensée directement issue aussi de ce mouvement d’autonomisation de son propre référent. En effet, la notion d’absolu n’est plus audible pour ceux qui ne croient pas en un être supérieur qui est lui garant de ces absolus. L’homme mis au centre se trouve pris à son propre piège puisque n’ayant plus de référent absolu, il se trouve en tension avec ses semblables. De quel droit untel pourrait-il se prévaloir d’avoir LA vérité plus qu’un autre ? De là nait un relativisme croissant dont Voltaire (pourtant loin d’être un défenseur de la cause divine) montrera les limites, et même le non-sens : Attention car à force de relativiser les valeurs, les valeurs vont finir par ne plus rien valoir. On se rend compte de l’étendue et de l’ineptie de ce relativisme d’un homme qui cherche à être son propre Dieu lorsque Spinoza écrit : Une chose n’est pas bonne en soi, elle bonne parce que MOI je considère qu’elle est bonne. C’est ce relativisme qui s’accommode mal, à l’heure actuelle, de l’affirmation claire des chrétiens d’une seule vérité possible.

Rushdoony 

L’éducation humaniste athée inculque aux élèves les prémices de Genèse 3,5. Elle pousse l’homme à être son propre Dieu, déterminant pour lui-même ce qui est bien ou mal. Les philosophes modernes de l’éducation défendent souvent avec énergie le fait qu’il n’y aurait pas de réponse définitive. D’où leur hostilité à la Bible pour assumer le fait qu’il y a des réponses définitives, il faut accepter le fait qu’il doit y avoir une vérité quelque part en dehors de l’homme, étant au-dessus de lui pour le juger. P.289

Alors les opposants de l’éducation chrétienne diront que l’on cherche à inculquer des valeurs. Nous ne pouvons que leur donner raison. Reste à savoir comment ils considèrent l’éducation sécularisée. Car beaucoup la considèrent comme neutre. Or nous sommes là devant une immense illusion. Nous pouvons convoquer ici tous les spécialistes et chercheurs qui ont travaillé sur la notion de valeur pour être convaincus du fait que nul n’est dépourvu de valeur. En fait, les valeurs habitent au plus profond de notre être, souvent à notre insu, mais nous les véhiculons dans nos paroles, dans nos actes, dans nos décisions… Donc, l’enseignant qui fait face à des élèves, enseigne TOUJOURS en transmettant et en véhiculant des valeurs, qu’il le veuille ou non. Reste à savoir quelles sont ces valeurs auxquelles les enfants sont soumis ! Le présupposé de neutralité et aussi intenable que celui du hasard ! Et un rapide examen des manuels scolaires est à la fois édifiant et terrifiant tant des valeurs totalement anti-bibliques y sont présentées, valorisées et mêmes encouragées !

De la même façon, il n’y a pas de neutralité dans les faits, dans le domaine du connu. L’idée que les faits puissent être neutres est un produit de la pensée humaniste et évolutionniste, qui soutient que les faits « sont juste des faits ».

Ceux qui nous demandent d’être larges d’esprit et qui ont une approche du monde et des faits selon « un esprit large et neutre » nous demandent en fait de présupposer un monde qui est le produit du hasard et non de Dieu. Ils nous demandent de ne pas tenir compte du facteur le plus déterminant – Dieu le Créateur – et de présupposer que les faits sont le produit du hasard. P.286-287

Il est donc nécessaire de savoir à quel genre de valeurs nous avons à faire (que ce soit au niveau des connaissances ou informations véhiculées, tout comme au niveau des attitudes, postures…), pour distinguer quel est le présupposé derrière, et finalement savoir quel Dieu nous servons.

C’est à ce discernement que l’apôtre Paul nous invite en Romains 12:2. Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait.

En résumé :

Le statut de la connaissance est profondément affecté dans notre monde contemporain par :

Le rejet de Dieu comme source de la connaissance

Le rejet de Dieu et de l’ordre créationnel, comme étant à l’origine du monde

Le rejet de la notion d’absolu auquel s’oppose le relativisme

 D’où la nécessité d’une restauration : restauration de Dieu comme Créateur, source de la sagesse, et source de vérité.

Restauration aussi dans une relation faussée, à Lui comme autorité, et par ricochet aux autres avec lesquels l’homme est du coup mis en concurrence.

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Eric Kayayan
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