UNE SEULE ET MÊME NATURE HUMAINE EN ADAM

Poursuivant son explication du second Grand Commandement (“Tu aimeras ton prochain comme toi-même”, Matt. 22:37, Marc 12:31) le pasteur Jean Daillé (1594-1670), s’appuyant sur les question 218 à 221 du Catéchisme de Genève, établit dans son sermon l’universalité de la notion de prochain sur l’origine commune de toute l’humanité: le premier Adam.  Il faut en particulier remarquer la distinction qu’il met dès le départ entre cette origine commune (un seul sang) fondée dans le récit de la création d’Adam, et les autres espèces vivantes, dont il n’est pas dit qu’elles trouvent de la même manière une origine commune dans un seul individu.

Ce n’est qu’après avoir fermement établi cette commune nature et tout ce que cela implique par rapport à la question de savoir qui est notre prochain, que Daillé, dans la section suivante de son sermon (qui sera postée ultérieurement) s’attachera à définir la nature et les degrés de l’amour dû au prochain, en fonction de sa proximité avec notre personne.  Il le fera en explorant en détail la signification et les implications de la préposition “comme ” (“comme toi même”).

Avant de poursuivre la lecture du sermon de Daillé, reprenons les questions-réponses 220 & 221 du Catéchisme:

219 Que veut dire le terme de “Prochain”? – Il ne désigne pas seulement les parents, les amis et ceux auxquels certaines affinités nous unissent, mais même des inconnus; plus encore, des ennemis.

220 Mais quel rapport ceux-là ont-ils donc avec nous? – Quel rapport?  Le lien que Dieu a établi entre tous les hommes.  C’est un lien sacré et inviolable: aucune méchanceté humaine ne peut le rompre.

221.  Tu dis donc que si quelqu’un nous porte de la haine, c’est son affaire.  Il n’en demeure pas moins “notre prochain”, et nous avons le devoir de le considérer comme tel.  Car l’ordre de Dieu, qui a fait de nous tous des frères, demeure inviolable? – Oui.

 

Et afin de nous montrer clairement cette union, notre Seigneur a voulu que nous tirions tous notre nature d’une seule et même tige, à savoir Adam.  Quant aux autres animaux, l’Écriture ne nous dit point que Dieu en créât un seul de chaque espèce, qui ensuite, par une propagation naturelle, communiquât à tous les autres de son espèce cette nature qu’ils possèdent, mais elle parle en sorte qu’il y a très grande apparence que Dieu en créa plusieurs tout ensemble d’une seule et même espèce ; car elle nous raconte simplement que Dieu dit : Que la terre produise des animaux selon leur espèce, le bétail, les reptiles et les bêtes de la terre, selon leur espèce, et ainsi des oiseaux et des poissons, et même de toutes les autres créatures qui ont quelque sorte de vie.

Mais pour l’homme, elle nous apprend que Dieu créa Adam tout seul de son espèce. Et afin de nous y faire voir l’image de l’unité plus expresse, le Seigneur ne voulut pas créer l’homme et la femme en même temps, parce qu’en le faisant l’unité eût été comme déchirée et divisée en deux branches.  Mais après avoir formé Adam comme seul et unique principe de toute l’humanité, il prit l’une de ses côtes et en tira Eve.  Certes, cela ne se fit pas sans beaucoup de mystères, et pour ne point toucher aux autres, il nous suffit de dire ici, que par ce moyen le Seigneur rendit l’union de tout le genre humain très grande et très étroite, le faisant tout sortir, non d’un même homme et d’une même femme tant seulement, mais, qui plus est encore, d’une seule et même personne dont il tira l’aide même qui lui était nécessaire pour mettre des enfants au monde.  Et S. Paul le remarque divinement (Actes 17) où il dit que Dieu a fait d’un seul sang tout le genre humain pour habiter sur toute l’étendue de la terre, de sorte que tous les hommes ne font qu’une seule et même famille qui n’a qu’une seule et même souche d’où ont été produites ces innombrables branches qui se sont, par la Providence de ce même grand Dieu, qui les a conservées jusques à ce jour, répandues çà et là diversement par tous les endroits du monde habitable, retenant toujours la veine et le suc de leur trône premier et original.

D’où il apparaît très clairement que tous les hommes, quels qu’ils soient, sont prochains les uns aux autres, à l’égard de cette nature qu’ils ont tous commune les uns avec les autres ; et ensuite par rapport à cette commune fin, pour laquelle ils ont tous été créés, à savoir, pour servir les uns aux autres ; et enfin à cause du principe commun d’où ils ont tous été tiré leur être et leur vie, et dans lequel ils se trouvent tous recueillis et ramassés en une très parfaite unité, à savoir Adam, qui est la commune souche de toutes les généalogies.

Et de là même il est aisé de comprendre la vérité de ce que remarque notre Catéchisme, à savoir, que cette communion est telle qu’elle ne se peut abolir par la malice de personne. Car puisqu’elle est telle que nous l’avons représentée, il est clair qu’il ne peut survenir aucun accident quel qu’il soit, capable de la rompre et défaire, étant comme elle est, fondée en la nature même.

L’homme ne peut cesser d’être notre prochain, s’il ne cesse aussi d’être homme.  Tant que cette nature lui restera, l’union que nous avons avec lui demeurera aussi en son entier, comme dans les familles les accidents et les défauts des particuliers n’ôtent pas la parenté qu’ils ont avec ceux qui sont d’une même race.   Bien que ton frère ou ton cousin soit pauvre, et que tu en aies honte, cependant il ne laisse pas pour cela d’être ton frère ou ton cousin, bien qu’il soit vicieux, méchant, abominable, tout cela n’empêche pas qu’il ne soit ton parent ; ce sang par lequel il te touche étant la base et le fond de la vie, qu’il ne peut par conséquent perdre qu’en perdant la vie même.

Il en est de même à l’égard du corps universel du genre humain, il y a des hommes que la nécessité a rendu vils et méprisables, il y en a que l’ignorance a abrutis ; les uns qu’une mauvaise éducation a rendu sauvages, les autres que le vice a corrompus ; les autres que la haine et la fureur a éloignés de nous.  Tout cela ne détruit point l’égalité que nous avons avec eux, qui n’est pas fondée sur la conformité des conditions, sur la ressemblance du savoir, sur le rapport des mœurs ou des humeurs, mais sur ce que nous avons une même nature et une même extraction qu’eux.  Pour être nécessiteux, ignorants, incivils, malappris, barbares, méchants et cruels, ils ne laissent pas d’être nos prochains, puisqu’ils sont d’une même famille, issus d’un même sang, extraits d’une même racine, et qu’ils ont le fond d’une même nature.

Et il ne faut point d’autre considération pour prouver la justice et l’équité de ce Commandement du Seigneur, par lequel il nous oblige d’aimer tous les hommes, quels qu’ils soient.  Car puisqu’ils sont tous nos prochains, comme nous l’avons montré ; et que la raison et le sens même nous dicte qu’il les faut donc aimer, l’amour des choses qui nous sont proches étant une affection que la nature, de son doigt propre a non seulement gravée dans nos cœurs, mais qu’elle a même, pour ainsi dire, répandue dans nos veines et dans tout notre sang ; d’où vient le proverbe commun que le sang ne peut mentir ? ç’a donc été avec beaucoup de sagesse que notre Seigneur, nous donnant ce Commandement, ne l’a pas conçu en ces mots aime l’homme, mais en ceux-ci : aime ton prochain, nous coulant en ce terme une très efficace et très puissante raison, pour prouver l’équité de son ordonnance, et porter nos cœurs à lui obéir.  Et c’est pour cette même considération qu’Ésaïe, au 58e chapitre de ses Révélations, recommandant les œuvres de charité envers nos prochains, nous commande de ne nous point cacher arrière de notre chair (58 :7), nous insinuant par ce mot l’étroite communion et parenté que nous avons avec les hommes, quelque triste et pitoyable que soit l’état où la nécessité les a réduits.

Ici donc, ô homme, je ne t’alléguerai point que l’homme que tu hais ou méprises, porte l’image de Dieu ; je ne mettrai point en avant que ce même Dieu qui veut que tu l’aimes, a tout droit et toute autorité de te commander absolument, je ne te représenterai pas non plus l’obligation que tu as à lui obéir.  Je ne te veux dire, pour ce coup, autre chose, sinon que tout homme, quel qu’il soit, est ton prochain.  N’as-tu point pitié de ton sang ?  Tes entrailles ne bruissent-elles point quand tu vois en lui cette même nature que tu portes en toi ?  Quand tu y reconnais le même visage, le même corps, la même composition et tissure, le même discours, le même esprit que tu admires en toi ?  Tant de conformités ne te font-elles point penser à cette commune source dont toi et lui êtes découlés ?  A cette même carrière dont vous avez été taillés ?  A cette même souche d’où vous avez été tirés ?  Ce même père, des reins duquel toi et lui êtes sortis, ne t’émeut-il point ?

Mais encore cette obligation naturelle que tu as à le servir, ne te vient-elle point dans la mémoire ?  Ne considères-tu point que les pièces du genre humain sont toutes attachées les unes avec les autres, il n’y en a aucune, pour petite qu’elle soit, qui ne serve aux autres, et à laquelle les autres, pour grandes qu’elles soient, ne servent. Car comme le Soleil n’a pas reçu cette grande et admirable force de lumière qui brille en lui, pour soi-même tant seulement, mais pour les autres créatures, pièces de ce même univers dont il fait partie, pour éclairer la terre et la vivifier, pour y animer les reptiles mêmes et les choses les plus méprisables, ainsi dans cet autre Univers du genre humain, ceux qui, comme le soleil, ont de la lumière en eux, l’ont reçue pour d’autres qu’eux, pour les autres hommes, qui sont leurs concitoyens, leurs parents et leurs membres, quelque chétifs et méprisables qu’ils soient au reste.  Certes je ne pense pas qu’il y ait aucun homme de jugement qui considérant ces choses attentivement, ne m’avoue que nous sommes obligés à aimer tous les hommes.  En effet, quelques-uns mêmes des sages Païens dans cette sombre et faible lumière de la nature où ils vivaient, l’ont néanmoins bien reconnu et ont admiré comme des personnes divines ceux qui en quelque sorte se sont acquittés de ce devoir, faisant du bien à leurs propres ennemis.

Eric Kayayan
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