PRÊCHER SUR LE CATÉCHISME? JEAN DAILLÉ EN ACTION

Selon la pratique des Églises protestantes au moment de la Réformation (notamment en Angleterre, en Suisse ou aux Pays-Bas), au dix-septième siècle les pasteurs des Église réformées françaises consacraient une partie de leurs prédications hebdomadaires à l’exposition d’un catéchisme, en l’occurrence celui de Genève, rédigé en 1545 par Jean Calvin.  Durant son ministère à l’Église de Charenton, le pasteur Jean Daillé (1594-1670) n’a pas dérogé à cet usage, d’ailleurs prescrit par l’ordre et la discipline des Églises réformées du Royaume de France. Trente et un ans après sa mort, en 1701, un certain nombre de ces prédications ont été publiées à Genève, conjointement avec celles de son collègue le pasteur Jean Mestrezat (1592-1657).

Ce sont des extraits du premier sermon d’un nouveau cycle de prédications sur le catéchisme, qui vont être présentés dans la série d’articles qui va suivre sur ce blog.

Dans son introduction, Daillé en explique le but et la destination.  Il termine cette section par une étonnante comparaison entre le cycle des prédications sur le Catéchisme qui vient de s’achever la semaine précédente et recommence huit jours après, avec le cours du soleil  autour du Zodiaque, établissant par là un parallèle entre le mouvement régulier des astres suivant une Loi du Créateur, et un nécessaire enseignement spirituel à la fois systématique et régulier, qui correspond cette fois à une Loi spirituelle établie par ce même Dieu pour son peuple :

L’apôtre nous enseigne dans l’Épître aux Hébreux, qu’il y a deux sortes de personnes en l’Église de Dieu : les uns qu’il appelle parfaits, c’est-à-dire, qui sont avancés dans la connaissance de la Religion Chrétienne, et les autres qu’il nomme enfants de Jésus-Christ.  Les premiers, dit-il, par une longue habitude, ont rendu leurs sens exercés et capables de discerner le bien d’avec le mal.  Les seconds ont encore besoin qu’on leur apprenne les premiers éléments de la Parole de Dieu.  Ceux-là, déjà robustes, demandent pour leur nourriture une alimentation ferme et solide.  Ceux-ci, encore faibles, ne peuvent digérer que le lait.  C’est pour ces derniers-ci, mes Frères, que l’Église, par une institution très utile et très louable, a mis en usage les Catéchismes, c’est-à-dire des expositions simples et familières des principaux points de la Doctrine de notre salut, telle que Dieu nous l’a révélée dans ses Écritures.

Après avoir fait un résumé historique de la notion de Catéchisme dans l’Église primitive, et du ministère des Catéchistes en son sein, Daillé poursuit :

Pour nous, mes frères, nous n’avons pas, à la vérité, parmi nous une charge qui soit particulièrement affectée à cela, et qui n’ait d’autre fonction que de catéchiser ceux qui ont besoin d’être instruits. Mais cela n’empêche pas que les serviteurs de Dieu qui sont dans nos Églises, ne travaillent diligemment à cette bonne œuvre, ils y emploient une partie de leur ministère, et vous voyez que de trois ou quatre actions ils ont toujours accoutumé d’en donner une à l’exposition du Catéchisme.  En effet cette sorte d’exercices est très nécessaire, et ils contribuent sans doute, autant qu’aucun autre, à l’édification du peuple chrétien.  Premièrement ils sont utiles pour ceux à qui l’embarras des affaires du siècle présent, et les sollicitudes de cette vie, ne permettent pas de s’occuper avec tout le soin qu’il serait à désirer, à l’étude des saintes lettres, qui sont capables de nous rendre sages à salut.  Ensuite, ils servent infiniment aux personnes que leur peu de capacité, ou leur mauvaise éducation, ont laissées dans l’ignorance des mystères de la Religion Chrétienne.  Enfin c’est principalement pour les enfants des fidèles qu’ils sont destinés.  Les pères, à la vérité, sont obligés par la Parole de Dieu, à les élever de bonne heure en sa crainte, et à les instruire en sa connaissance.  Mais il est aussi du devoir d’un bon pasteur de cultiver soigneusement ces jeunes plantes, qui sont comme la pépinière de l’Église ; de verser dans ces vaisseaux neufs une liqueur douce et agréable dont la bonne odeur s’y conserve éternellement ; en fin de donner à boire à ces enfants nouveaux nés le lait d’intelligence, qui est sans fraude.  C’est pour cela que la Providence de Dieu mit au cœur de ces grands hommes, dont elle se servit, du temps de nos Pères, pour rétablir la pureté de l’Évangile, de dresser ce formulaire de Catéchisme qu’il nous ont laissé, et qui est aujourd’hui dans les mains de tout le peuple fidèle.

C’est de là encore qu’est venu l’ordre que nous observons de vous en expliquer toutes les semaines une section, afin que ces choses vous étant continuellement répétées, s’impriment bien profondément dans votre mémoire.  Et d’ailleurs aussi, afin que traitant tout du long les matières dont il ne nous donne que l’abrégé, nous servions non seulement à l’instruction des faibles, mais même à édifier les plus avancés.  Et c’est pour suivre cette sainte coutume que nous recommençons aujourd’hui, sous la bonne conduite de l’Esprit de Dieu, l’exposition du Catéchisme dont il y a huit jours que vous avez entendu expliquer le dernier Dimanche.  Ainsi le soleil, après avoir fait le tour de son Zodiaque, et après en avoir parcouru tous les signes il remonte au premier d’où il était parti, pour continuer de même jusques à la fin du monde, selon l’éternelle Loi que l’Auteur de la nature lui a imposée ; et nous espérons, mes Frères, que l’ordre que ce même Dieu a établi dans nos Églises, ne sera pas moins constant ni moins assuré que celui qu’il a marqué dans les Cieux au soleil et aux autres astres.

Après avoir offert un court résumé historique de la notion de Catéchisme dans l’Église primitive, et du ministère des Catéchistes en son sein, Daillé poursuit en distinguant les vocations particulières que Dieu adresse aux uns et aux autres, tout en les distinguant de la vocation principale adressée à tous sans aucune distinction de condition:

L’Auteur du Catéchisme traite dans cette première section que vous venez d’entendre, premièrement de la fin pour laquelle Dieu a créé l’homme, et puis, de son souverain bien ; et en troisième lieu, il nous donne une division du service que nous devons à Dieu.

Pour commencer par le premier point, nous pouvons distinguer diverses fins pour lesquelles les hommes sont mis au monde.  Les uns sont nés pour l’étude, les autres pour le travail du corps ; les uns pour les arts, les autres pour les sciences ; les uns pour l’action, les autres pour la contemplation.  Dieu en appelle quelques-uns au gouvernement des États, quelques-uns à la conduite de l’Église, et quelques-uns encore à vivre dans une condition privée ; Bethsaléel et Aholiab pour la construction de son Tabernacle, Moïse pour la conduite de son peuple et Aaron pour le service de son autel.  Il destine les uns à une chose et les autres à une autre, selon ce que bon lui semble, et selon les dons qu’il leur a départis pour cela. 

Mais ce ne sont que des fins particulières dont la diversité est infinie, au lieu qu’il est ici question d’une fin générale, qui soit commune à tous les hommes universellement, et dont personne ne puisse être dispensé, de quelque pays, de quelque sexe et de quelque condition qu’il soit.  Par exemple, quand je dis que Dieu nous a mis au monde, afin que nous nous employions à faire quelque chose d’honnête, c’est une fin générale, à laquelle tous les hommes sont obligés ; car il n’y a personne qui ne soit tenu de s’occuper à un travail légitime.  Dieu ne nous fait pas naître, par manière de dire, les bras croisés, pour croupir toute notre vie dans une honteuse oisiveté. 

De même, quand nous disons que l’homme est né pour la société, c’est une fin générale qui ne s’entend pas de quelques personnes seulement, mais qu’il faut étendre à tout le monde, n’y ayant point d’homme qui ne doive contribuer tout ce qui est de son pouvoir pour entretenir l’union que Dieu veut qui soit entre les parties du genre humain ; de sorte que la plupart de ceux qui quittent le monde, sans sujet, pour se retirer dans les déserts et dans les cavernes des rochers, doivent plutôt passer pour des monstres et pour des bêtes sauvages dont ils cherchent la compagnie, que pour des hommes dont ils fuient la conversation et la vue.  C’est encore de tout le genre humain que nous parlons, quand nous disons que Dieu a créé l’homme, afin qu’il s’adonne à l’exercice de la vertu, afin qu’en toutes choses il agisse avec jugement et avec modération.  De toutes ces fins générales que nous pouvons attribuer à la vie humaine, le Catéchisme demande : Quelle est la principale ? Et il ajoute que c’est la connaissance de Dieu.

 

  1. Quel est le but principal de la vie humaine ? – C’est de connaître Dieu, car il nous a créés.
Eric Kayayan
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