LA CROIX DANS LA VIE DU CHRÉTIEN

Dans ce passage de l’ouvrage “Bouclier de la Foi” du pasteur protestant Pierre du Moulin (1568-1658) la place de la croix du Christ dans la vie du chrétien, sa signification et sa représentation symbolique sont abordées pour opposer une compréhension spirituelle de ses bienfaits, à une adoration ou vénération fétichiste.

La croix de Christ est la gloire des fidèles, l’appui de leur espérance et leur principale consolation.  Cette croix est la terreur des diables, la victoire des enfers, la mort de la mort éternelle. Elle est le corps des ombres de la Loi, la vérité des figures, la substance des prophéties, le fondement de l’alliance de Dieu, le sommaire de l’Évangile.  Car en cela repose notre savoir, de connaître Jésus-Christ et celui-ci crucifié.  Cette croix vaut mieux que les couronnes des Rois : les souffrances du Fils de Dieu surpassent les triomphes des Monarques : sa mort vaut mieux que la vie de tous les hommes.

Mais par la croix du Christ j’entends non pas une pièce de bois, mais les souffrances et la passion du Sauveur : Car le bon plaisir du Père a été de réconcilier par lui toutes choses à soi, ayant fait la paix par le sang de la croix (Col. 1). Dieu a lavé nos âmes en son sang, et enseveli nos péchés en sa mort. Il n’y a rien de plus doux à nos consciences que la souvenance de cette amertume, rien de plus honorable que cet opprobre.

Les anciens Chrétiens dès le temps de Tertullien, c’est-à-dire deux cents ans après la naissance du Seigneur, se marquaient le front du signe de la croix, pour témoigner qu’ils n’étaient point honteux de la croix de Christ.  Peu de siècles après on est venu à en peindre la figure. Le Labarum ou étendard de guerre des empereurs romains, même avant Constantin, était formé en croix. Mais Constantin y ajouta le nom de Christ, ce qui a fait dire à quelques-uns que Constantin avait arboré en son étendard le signe de la croix.  Les rois ont gravé ce signe sur les monnaies, et l’ont élevé sur les enseignes des navires des Chrétiens.  Jusque-là il n’y a rien qui ne puisse être bien pris.

Mais selon que la dévotion dégénère rapidement en superstition, chaque siècle ajoutant toujours quelque chose de nouveau, depuis qu’une fois on a pris la prudence ou la bienséance pour règle, au lieu de s’assujettir à la parole de Dieu, ce signe de croix tant en l’air qu’en peinture a insensiblement changé de nature.  On a commencé par faire le signe de croix en l’air par forme de conjuration, pour chasser les diables ; et à faire sur l’hostie et sur le calice multitude de signes de croix par un nombre précis et réglé : si prêtre manquait le nombre requis, le mystère (du sacrement] serait gâté. Le pape Innocent III, au 2e livre de la Messe, chap. 58, dit que le Prêtre fait des signes de croix sur l’hostie, pour résister à l’effort des diables, de peur qu’ils ne prévalent contre le Prêtre, ou contre l’hostie, qui est Jésus si on le croit.  Ce secours vient fort à propos à Jésus-Christ.  Ce n’est pas un petit bienfait qu’un Prêtre défende son Dieu avec des signes de croix en l’air contre l’effort du diable…

Avec un abus encore pire on adore des petits morceaux de bois, qu’on dit être du bois de la vraie croix, d’adoration et de latrie, c’est-à-dire de l’adoration souveraine qui appartient à Dieu seul (…)

Nous donc qui par tant d’afflictions et persécution avons appris à porter la croix de Christ, et nous glorifier de son opprobre, et qui disons avec l’apôtre aux Galates, chap. 6 : Quant à moi, je ne me glorifierai de rien d’autre que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde! nous avons à cause de l’abus,  laissé le signe de la croix en l’air, non pas comme mauvais de nature, mais comme non nécessaire, et non pratiqué ni commandé par Jésus Christ, ni par les apôtres.  Car nous croyons que les choses nécessaires ne doivent pas être abolies, à cause de quelque abus qui y soit survenu, mais qu’elles doivent être rétablies en leur ancienne pureté.  Mais quant aux choses non nécessaires qui par la ruse de l’ennemi sont devenues pernicieuses, c’est prudemment fait de les ôter, afin d’arracher à Satan les outils dont il s’est servi pour séduire, et puis que le service de Dieu demeure dans son intégrité sans cela.  Le signe de la croix ne nous est point odieux, mais l’infirmité humaine nous est suspecte. Ayant par expérience reconnu le lieu où Satan tend les filets, nous prenons un autre chemin.  Pour la même raison nous ne peignons point le signe de la croix en nos Églises, sachant combien ce pas est glissant, et ce lieu penchant vers l’idolâtrie.  Et nous ne sommes pas curieux à rechercher des lopins de la vraie croix, sachant combien en cela l’imposture est aisée et la superstition crédule, et les effets dangereux, jusques à adorer un morceau de bois de l’adoration qui est due à Dieu seul.

Eric Kayayan
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