BONNE NOUVELLE ET EXERCICE DU POUVOIR

primaporta2Il y a un peu plus de deux mille ans, lorsque César Auguste est devenu le chef de l’empire romain après un siècle de guerres civiles et de désordres constants, il a fait proclamer à travers tout l’empire la nouvelle ère qui débutait avec son accession à cette position, de « bonne nouvelle ».  Paix, justice, prospérité allaient désormais caractériser son règne, c’est du moins le message qu’il fallait faire passer à tous les habitants de l’empire.  En fait le mot grec utilisé était « euuangelion », celui-là même que les chrétiens utiliseraient à peine une génération plus tard pour parler de Jésus-Christ dans les « évangiles ». 

D’un côté nous avons donc un souverain arrivé au sommet de l’empire par la force des armes, au gré de circonstances politiques particulières marquées par l’élimination de ses opposants; et de l’autre un roi né dans une étable, suivi de quelques disciples dont douze proches, trahi par l’un d’entre eux puis mis à mort par crucifixion à la suite d’un procès inique.  On ne pourrait trouver plus grand contraste.  Et la royauté du second nous paraît de prime abord bien sujette à caution…

Lequel annonce une vraie bonne nouvelle?  Le maître incontesté d’un empire terrestre aux limites constamment repoussées, mais qui s’effondrerait quatre siècles plus tard sous les coups de butoir des peuples avoisinants? Ou bien le rabbi itinérant sans apparat qui parcourait les chemins de Galilée, de Judée et de Samarie accompagné de ses disciples, s’adressant aux foules venues souvent de loin pour l’écouter et guérissant leurs malades par un pouvoir venu d’en-haut que même ses détracteurs ne pouvaient contester? 

La plupart des régimes politiques terrestres aiment se faire passer pour libérateurs, porteurs de bonnes nouvelles pour les uns ou les autres, garants du droit, de la prospérité et du bonheur des peuples. Inutile d’ajouter que bien peu d’entre eux réalisent même une petite partie de ces idéaux affichés, quand ce n’est pas exactement l’inverse qui se produit. Ou alors, les bienfaits promis ne bénéficient qu’à une classe particulière de « clients » du régime.  Est-ce à César Auguste ou à son successeur Tibère que Jésus pensait lorsqu’il dit un jour à ses disciples, au milieu desquels une dispute s’était élevée pour connaître lequel d’entre eux devait être estimé le plus grand (Luc 22:24-27) : Les rois des nations les dominent et ceux qui ont autorité sur elles se font appeler bienfaiteurs.  Il n’en est pas de même pour vous.  Mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Car qui est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ?  Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.  En retournant les idées reçues sur la nature du pouvoir, de l’autorité, et la manière dont ils doivent être exercés, Jésus apporte véritablement au monde une Bonne Nouvelle.  D’un côté il ne cache pas à ses disciples qu’il est le maître, le Fils unique du Père céleste.  De l’autre il leur montre une voie en total contraste avec la pratique courante du pouvoir et de l’autorité, avec ce qui vient naturellement à l’esprit lorsqu’on pense à leur exercice.  Et c’est bien parce que ce qui nous est « naturel » est aussi mauvais, corrompu, quoi que nous en pensions.  Seul Jésus-Christ est à même de nous le révéler, car il possède une autorité qui ne lui a pas été conférée par des hommes mauvais ou des institutions corrompues.  En effet elle lui vient directement de son Père céleste, elle ne provient pas de la force des armes que ses disciples ou une foule manipulée auraient pu déployer.  C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la parole qu’il adressera au procurateur romain Ponce Pilate lors de sa comparution devant lui, au moment du procès qui précède sa crucifixion: Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi, afin que je ne sois pas livré aux Juifs; mais maintenant, mon royaume n’est pas d’ici-bas. Pilate lui dit : Tu es donc roi ?  Jésus répondit : Tu le dis : je suis roi.  Voici pourquoi je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité.  Quiconque est de la vérité écoute ma voix. La royauté du Christ est indissociable de la vérité ultime qu’il manifeste dans sa personne et dont aucune autre créature humaine ne peut se targuer. C’est bien elle qui triomphera au moment de sa résurrection et de son Ascension.

Quelle leçon pouvons-nous donc tirer de ces paroles pour l’exercice d’une autorité humaine quelconque, pas seulement au sein de l’Église dont les disciples de Jésus ont formé le premier noyau?  L’apôtre Paul tire la conclusion qui s’impose  lorsqu’il écrit dans sa lettre aux chrétiens de Rome, au chapitre 13 dont je vous ai déjà parlé lors d’une précédente rubrique : L’autorité est au service de Dieu pour ton bien.  Dans ce passage Paul a les gouvernements humains en vue.  Et ce qu’il dit c’est que ces gouvernements ne sont pas autonomes, au service soit d’eux-mêmes soit d’une clique, soit même des idéaux de la majorité, mais d’abord au service de Dieu qui seul définit la vérité et les normes de justice qui doivent prévaloir entre les hommes. Eux aussi doivent se mettre à l’écoute de la véritable bonne nouvelle, l’Évangile, pour comprendre ce qu’est le service dont ils ont la charge et la responsabilité. C’est dans cette mesure – et seulement dans cette mesure –  qu’ils sont là pour notre bien.  Lorsqu’ils s’en écartent, on ne peut hélas s’attendre qu’à rencontrer corruption, oppression, violence et chaos.

Eric Kayayan
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