Dialogue DIALOGUE & ANTILOGUE
ISRAEL ET LES NATIONS

L’actualité ramène presque chaque jour la question des relations entre l’État d’Israël et les pays arabes, entre le peuple juif et le peuple palestinien.  Le conflit sanglant qui dévaste le Proche Orient et divise l’opinion publique internationale m’amène à rédiger cet article dont le but n’est pas de proposer ne serait-ce qu’une amorce de solution à une question politico-historique des plus épineuses, mais plutôt de parler d’Israël à la lumière de l’Évangile.  Si nous considérons ce qu’enseigne la Bible dans son ensemble sur le peuple d’Israël, quel point de vue devons-nous adopter vis-à-vis de cette nation par rapport à l’histoire du salut?  Est-elle toujours une nation privilégiée par Dieu, une nation qui joue encore aujourd’hui un rôle très particulier dans l’histoire du salut des hommes?  Le peuple juif est-il intégré de telle manière dans le plan de Dieu que quelle que soit son attitude par rapport à Jésus-Christ, il sera de toutes manières sauvé dans son ensemble, par le biais de son avènement politique avec la naissance de l’état d’Israël en 1948?  Nombre de de chrétiens évangéliques (américains surtout) l’affirment avec beaucoup de certitude, attendant même la reconstruction du temple de Jérusalem comme un signe tangible de la fin des temps.  Dans le même temps, l’église catholique romaine, à travers la commission du Vatican pour les relations avec les juifs, vient de déclarer qu’il n’était ni opportun ni biblique, pour les catholiques, de persévérer dans l’évangélisation du peuple juif, en tant qu’il est historiquement et de facto l’héritier des promesses de l’Alliance divine.

Je voudrais démontrer ici, sur la base de l’Écriture Sainte, que ces positions sont toutes deux parfaitement anti-bibliques.  L’épître de Paul aux Romains, en particulier les chapitres 9 à 11, servira de fondement à cette argumentation.

Durant la période vétéro-testamentaire (celle de l’Ancien Testament) le peuple d’Israël a été le peuple choisi par Dieu non seulement pour être le dépositaire de sa Parole et pour vivre dans l’Alliance avec lui, mais également pour être une lumière qui servirait de guide aux autres nations du monde (Ps 66:8; Ps 67; Ps 117; livre du prophète Jonas etc., le tout sur le fondement de la promesse faite par Dieu à Abraham en Genèse 12:3: Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te maudira. Toutes les familles de la terre seront bénies en toi.) C’est de ce peuple qu’est venu le Messie annoncé par les prophètes et attendu par les croyants fidèles en Israël, Messie qui devait apporter la réconciliation du monde avec Dieu, accomplissant ainsi la bénédiction pour toutes les nations contenue dans la promesse faite à Abraham en Gen. 12:3. Dans Ésaïe 49:6 le serviteur de l’Éternel, issu de Jacob –  d’Israël – est nommé « lumière des nations »:
Il dit : c’est peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et pour ramener les restes d’Israël : je t’établis pour être la lumière des nations, pour que mon salut soit manifesté jusqu’aux extrémités de la terre.
C’est du reste précisément ce que le vieux Siméon reconnaît et confesse au moment de la circoncision de Jésus (Luc 2:25-32) : il reprend dans son cantique les paroles du livre d’Ésaïe, les appliquant directement au petit enfant qu’il a le privilège de tenir dans ses bras et qu’il reconnaît comme le Messie promis à Israël.

Le peuple d’Israël a été le premier à entendre l’Évangile. Ceux qui y ont cru les premiers étaient des juifs contemporains de Jésus-Christ: les disciples Pierre, Jacques, Jean et les autres. Paul, l’auteur de la plus grande partie des lettres que contient le Nouveau Testament, était lui aussi un juif appartenant à la tribu de Benjamin (Rom. 11:1; Phil. 3:5).  Cependant, le message de Jésus-Christ s’adresse au monde tout entier, et non aux juifs seulement.  C’est la raison pour laquelle il a commandé à ses disciples d’aller l’annoncer à toutes les nations, afin que soit accomplie la promesse contenue en Ésaïe 49:6 (entre autres textes).  Les dernières paroles que Jésus prononce dans l’Évangile selon Matthieu, sont les suivantes:
Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre: allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et apprenez-leur à obéir à tout ce que je vous ai prescrit.  Et voici: je suis moi-même avec vous chaque jour, jusqu’à la fin du monde.
A partir de là, le peuple juif n’est plus le dépositaire exclusif de la révélation divine, mais quiconque croit en Jésus-Christ, le devient.  Le célèbre passage de Jean 3:16-18 témoigne de l’universalité de l’Évangile:
Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle.  Dieu en effet n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.  Celui qui croit en lui n’est pas jugé; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils de Dieu.
Cet Évangile s’adresse donc à tous, quelle que soit leur nationalité, leur couleur de peau, leur statut social.  Il s’adresse aujourd’hui de la même manière au peuple juif, comme ce fut le cas il y a deux mille ans.  Si un certain nombre de juifs y ont cru (et y croient aujourd’hui), beaucoup n’y ont pas cru, et l’ont même rejeté dès le début.  Pour l’apôtre Paul, dont le ministère missionnaire avait commencé dans les synagogues de la diaspora juive, cela constituait une source de grande tristesse.  Il en parle de manière très développée dans sa lettre aux chrétiens de Rome, aux chapitres 9 à 11.  Au début du chapitre 10 (1-4) il écrit :
Frères, je souhaite de tout coeur que les Israélites soient sauvés, et c’est ce que je demande instamment à Dieu dans mes prières.  Car je leur rends ce témoignage: ils ont un zèle ardent pour Dieu, mais il leur manque le discernement.  En méconnaissant la manière dont Dieu déclare les hommes justes et en cherchant à être déclarés justes par leurs propres moyens, ils ne se sont pas soumis à Dieu en acceptant le moyen par lequel il nous déclare justes.

Les  chrétiens de Rome d’origine païenne pouvaient alors se demander si Dieu avait définitivement rejeté le peuple auquel Il s’était révélé de manière spéciale pendant des siècles, mais qui, dans sa majorité,  rejetait Jésus-Christ comme le Messie promis.  La tentation existait même pour certains, de s’enorgueillir de ce qu’ils avaient reçu la connaissance de Dieu révélée en Jésus-Christ, au-dépens du peuple d’Israël, pourtant dépositaire historique des promesses de l’Alliance.  Paul leur rappelle alors que Dieu n’a pas rejeté son peuple en tant que tel et de manière définitive, mais qu’un reste sera bel et bien sauvé, lui aussi, avec tous les païens convertis à la foi en Jésus-Christ, et il en apporte la preuve tangible en donnant à ses lecteurs sa propre personne comme le meilleur exemple.  Au début du chapitre 11 (1-5), il écrit ceci:
Je demande donc: Dieu aurait-il rejeté son peuple?  Assurément pas!  En effet, ne suis-je pas moi-même Israélite, descendant d’Abraham, de la tribu de Benjamin?  Non, Dieu n’a pas rejeté son peuple, qu’il s’est choisi d’avance.  Rappelez-vous ce que dit l’Ecriture dans le passage rapportant l’histoire d’Élie dans lequel celui-ci se plaint à Dieu au sujet d’Israël: Seigneur, ils ont tué tes prophètes, ils ont démoli tes autels.  Et moi je suis resté tout seul, et voilà qu’ils en veulent à ma vie.  Eh bien!  Quelle a été la réponse de Dieu?  J’ai gardé en réserve pour moi sept mille hommes qui ne se sont pas prosternés devant le dieu Baal.  Il en est de même dans le temps présentIl subsiste un reste que Dieu a librement choisi dans sa grâce [à comparer également avec Galates 2:15-16].
Il est important de souligner cette notion de « reste », en contraste avec l’idée d’une totalité numérique fondée sur une appartenance ethnique.  Plus loin (11:17-24) Paul écrit encore, mettant en garde ses lecteurs contre toute forme d’orgueil vis-à-vis du peuple d’Israël:
Quelques branches ont été coupées.  Et toi qui, par ton origine païenne, étais comme un rameau d’olivier sauvage, tu as été greffé à leur place, et voici que tu as part avec elles à la sève qui monte de la racine de l’olivier cultivé.  Ne te mets pas, pour autant, à mépriser les branches coupées.  Et si tu es tenté par un tel orgueil, souviens-toi que ce n’est pas toi qui porte la racine, c’est elle qui te porte!  Peut-être vas-tu dire: si des branches ont été coupées, c’est pour que je puisse être greffé.  Bien!  Mais elles ont été coupées à cause de leur incrédulité; et toi, c’est à cause de ta foi que tu tiens.  Ne sois donc pas orgueilleux!  Sois plutôt sur tes gardes!  Car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne t’épargnera pas non plus.  Considère donc, à la fois, la bonté et la sévérité de Dieu: sévérité à l’égard de ceux qui sont tombés, bonté à ton égard aussi longtemps que tu t’attaches à cette bonté.  Sinon, toi aussi tu seras retranché.  En ce qui concerne les Israélites, s’ils ne demeurent pas dans leur incrédulité, ils seront regreffés.  Car Dieu a le pouvoir de les greffer de nouveau.  En effet, toi tu as été coupé de l’olivier sauvage auquel tu appartenais par ta nature, pour être greffé, contrairement à ta nature, sur l’olivier cultivé: à combien plus forte raison les branches qui proviennent de cet olivier seront-elles greffées sur lui!
Paul déclare que Dieu est parfaitement en mesure d’opérer un renversement de situation vis-vis du peuple d’Israël, et qu’il en sauvera un nombre connu et décidé par lui lequel constituera la plénitude d’Israël, tout comme il sauve des païens en grand nombre: ceux-ci constituent la plénitude de ses élus provenant des nations païennes.  Mais dans un cas comme dans l’autre, seuls ceux qui croient ou croiront en Jésus-Christ seront sauvés (11:23: En ce qui concerne les Israélites, s’ils ne demeurent pas dans leur incrédulité, ils seront regreffés.  Car Dieu a le pouvoir de les greffer de nouveau).

Il importe avant tout de souligner qu’il n’y a pas plus d’automatisme des promesses de l’Alliance dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau: c’est-à-dire que sans une foi authentique dans les promesses de Dieu (qui, lui, demeure toujours fidèle  – 2 Tim. 2:11-13 – ) il n’y a pas de salut en vue, que ce soit pour le juif ou pour le non-juif.  Il n’est écrit nulle part dans l’Ancien Testament – que ce soit implicitement ou explicitement – que tous les enfants d’Israël sans exception ont été sauvés ou le seront en raison de leur statut de descendants d’Abraham.  La prédication de Jean-Baptiste (le dernier prophète de l’Ancien Testament) a mis en garde avec véhémence ceux qui entretenaient une telle illusion (Matt. 3:7-10):
Comme il voyait venir au baptême beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens, il leur dit: Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir? Produisez donc du fruit digne de la repentance; et n’imaginez pas pouvoir dire: Nous avons Abraham pour père!  Car je vous déclare que de ces pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham. Déjà la cognée est mise à la racine des arbres: tout arbre qui ne produit pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. 

Il importe tout autant de bien voir que lorsque Paul parle de l’Alliance de Grâce en laquelle tous doivent demeurer pour être sauvés, il n’a en vue que celle qui a été scellée par le sang de Jésus-Christ sur la Croix.  En 1 Cor. 11:23-29 il rapporte les paroles de Jésus au moment de l’institution de la Cène:
De même après avoir soupé il prit la coupe et dit : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous en boirez (…)
Paul ne se place pas dans une perspective selon laquelle la Nouvelle Alliance dans le sang du Christ aurait aboli les promesses et prophéties qui l’ont précédée, mais – en pleine conformité avec les paroles de Jésus en Matthieu 5:17-20 – dans la perspective de l’accomplissement de ces promesses et prophéties accordées au peuple d’Israël dans l’Ancien Testament. Dans la mesure où elles sont le fait du Dieu de l’Alliance fidèle en toutes choses, elles sont certes déjà Evangelion, bonne nouvelle (peut-être nul ne l’a mieux compris que G-F Haendel dans le choix des textes bibliques pour son oratorio le Messie). A ce titre elles serviront jusqu’à la fin des temps à l’édification du peuple de la Nouvelle Alliance  En Romains 3:1-4, tout comme en 2 Tim. 2 :11-13 cité plus haut, Paul insiste sur la fidélité de Dieu dans l’accomplissement de ces promesses:
Quel est donc le privilège du Juif, ou quelle est l’utilité de la circoncision?  Considérable de toute manière.  Tout d’abord les oracles de Dieu ont été confiés aux Juifs.  Eh quoi! si quelques-uns ont été infidèles, leur infidélité rendra-t-elle sans effet la fidélité de Dieu?  Certes non! Que Dieu soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur, selon qu’il est écrit : « Afin que tu sois trouvé juste dans tes paroles, et que tu triomphes de tes ennemis » [citation du Ps. 51 :6].
Juste auparavant (2:28-29), Paul a déclaré ce qui relève de la véritable circoncision et ce qui fait un véritable Juif spirituel:
Le Juif, ce n’est pas celui qui en a les apparences ; et la circoncision, ce n’est pas celle qui est apparente dans la chair.  Mais le Juif, c’est celui qui l’est intérieurement ; et la circoncision, c’est celle du cœur, selon l’esprit et non selon la lettre.  La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu [à comparer avec Apoc. 2:9].
Cette nécessaire circoncision spirituelle n’est pas une invention de Paul, du reste, elle est déjà pleinement exprimée dans l’Ancien Testament, par exemple au livre du prophète Jérémie (4:4):
Soyez circoncis pour l’Éternel, Circoncisez votre coeur, hommes de Juda et habitants de Jérusalem, de peur que ma fureur n’éclate comme un feu et ne s’enflamme, sans qu’on puisse l’éteindre, à cause de la méchanceté de vos agissements.

Bien des juifs et bien des non-juifs ne croient pas en cette Alliance accomplie par Jésus-Christ et scellée dans son sang.  Ils s’excluent donc eux-mêmes du salut apporté par Jésus-Christ (comme celui-ci l’exprime sans ambages dans Jean 3:18 cité plus haut).  La plénitude dont parle Paul ne signifie donc pas la totalité numérique des juifs ou des païens, mais la totalité de ceux à qui Dieu fait la grâce de croire en son salut, qu’ils soient d’origine juive ou païenne.  Ainsi, Dieu ne rejette pas le peuple d’Israël, car il a établi une Alliance avec Abraham, le père de ce peuple: en raison de sa fidélité divine vis-à-vis de cette Alliance, il en sauvera donc un reste, qu’il amènera à sa plénitude.  Pour les chrétiens (d’origine juive ou païenne), cela constitue justement une motivation et un appel à aller annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ aux juifs qui ne l’ont pas encore acceptée, quelle que soit d’ailleurs la difficulté de ce faire, ou l’opposition qu’ils rencontreront sur leur chemin. A cet égard, les paroles de Paul au chapitre 10 (12-15) s’appliquent à cette situation comme à toutes les autres:
Il n’y a pas de différence, en effet, entre le Juif et le Grec : ils ont tous le même Seigneur, qui est riche pour tous ceux qui l’invoquent.  Car « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » [citation du prophète Joël, 3:5].  Comment donc invoqueront ils celui en qui ils n’ont pas cru ? Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont pas entendu parler? Et comment entendront-ils parler de lui, sans prédicateurs ? Et comment y aura-t-il des prédicateurs s’ils ne sont pas envoyés?  Selon qu’il est écrit : « Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles » [citation d’Ésaïe 52 :7].
A cet égard, les païens qui ont cru sont plus particulièrement appelés à devenir une bénédiction pour les juifs qui n’ont pas cru (bénédiction et non malédiction, comme cela a hélas si souvent été le cas au cours de l’histoire des derniers deux mille ans). C’est ce que Paul écrit vers la fin du chapitre 11 (30-31):
De même que vous avez autrefois désobéi à Dieu et que par leur désobéissance vous avez maintenant obtenu miséricorde, de même ils ont maintenant désobéi, afin d’obtenir miséricorde, eux aussi, par la miséricorde qui vous a été faite.
L’héritage d’Israël,  devenu une bénédiction pour les païens dans la mesure où le refus des juifs de croire en l’Évangile a accéléré l’évangélisation des païens (au cours du ministère de Paul), est désormais appelé à revenir vers Israël par le biais de la prédication de l’Évangile par les païens en direction de la souche de l’arbre même sur lequel ils ont été greffés.  En aucun cas Dieu ne révoquera cet appel à témoigner vis-à-vis d’Israël. C’est là le sens des deux versets précédents (28-29), hélas détournés de leur signification naturelle par ceux qui prétendent qu’ils constitueraient une exemption d’évangélisation vis-à-vis des juifs:
En ce qui concerne l’Évangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce qui concerne l’élection, ils sont aimés à cause de leurs pères.  Car les dons gratuits et l’appel de Dieu sont irrévocables.
Dieu continue à appeler le peuple d’Israël à lui, à travers le seul Médiateur qu’il ait accordé à l’humanité.  La crucifixion de son Fils éternel incarné en Jésus-Christ a en effet été l’accomplissement parfait du signe de la circoncision donné à Abraham comme promesse de salut éternel à lui-même et à sa descendance spirituelle.

Si nous revenons à l’actualité contemporaine, il est impossible, au vu de ce que la Bible enseigne, de croire en la mission spéciale d’Israël aujourd’hui, comme si l’histoire contemporaine de ce peuple constituait une étape supplémentaire dans le plan de salut de Dieu. La mission d’Israël dans l’Ancien Testament s’est parfaitement accomplie dans celle du Messie qui est venu de son sein.  Sa mission authentique aujourd’hui se confond désormais avec celle des chrétiens issus de branches païennes greffées sur sa souche: annoncer la royauté du Christ à toutes les nations. A vrai dire cette mission, si elle s’exerçait conformément à l’appel irrévocable de Dieu, aurait une portée extraordinaire dans le monde.  Le rétablissement de l’Etat d’Israël en 1948, et son histoire depuis, sont bien sûr des événements historiques extrêmement importants pour l’histoire de ce peuple, qui a droit à une terre et à la défendre comme tous les autres peuples, notamment les Palestiniens (dont une partie se trouve être chrétienne, ne l’oublions pas). Mais on ne peut leur accorder une signification eschatologique particulière.  Ceux qui le font faussent les données politiques du problème, et ne contribuent qu’à le compliquer, voire à l’aggraver.  En effet ils introduisent, in fine au détriment de la population palestinienne, une dimension mystico-eschatologique liée au présent et futur politique de l’État d’Israël, dimension qui n’a aucun fondement biblique. La question de la justice, du droit des peuples, du respect des personnes et des accords ou traités signés et engageant les signataires, se trouve alors biaisée par des considérations faussement messianiques, puisqu’elles ne reconnaissent pas en Jésus-Christ et en lui seul le Messie divin. Dans le Nouveau Testament, la pierre d’achoppement qui divise et fait chuter les uns ou les autres, c’est Jésus-Christ, et non le peuple d’Israël et son futur politique (1 Pierre 2:4-8).  Aux disciples qui demandaient à Jésus après sa résurrection et juste avant son Ascension s’il allait sous peu rétablir le royaume pour Israël, il répondait en les envoyant proclamer l’Évangile à toutes les nations (à commencer par Jérusalem) comme signe de sa souveraineté et manifestation de son Royaume sur le monde entier (cf à nouveau le passage cité plus haut de Matthieu 28:18-20).

A l’opposé des paroles du Christ, les considérations faussement messianiques que je viens de mentionner apportent deux appendices superflus: en premier lieu un état né au vingtième siècle, en second lieu un élément allianciel excentré de sa sphère propre, qui est celle de la foi en Jésus-Christ, le seul médiateur entre Dieu et les hommes.  Le pays d’Israël lui-même n’est pas la “Terre Sainte” comme on l’entend souvent dire, car pour un chrétien disciple de Jésus-Christ (ceci ne devrait pas être une tautologie mais il faut pourtant le préciser) n’est saint, ou sanctifié, que ce qui vit dans une relation d’Alliance avec Dieu, relation marquée par la foi et l’obéissance. Jésus-Christ l’a dit de manière parfaitement claire à la femme samaritaine rencontrée près du puits de Sychar (Jean 4:22-24), lorsque celle-ci a évoqué la question du lieu saint sur lequel il convenait d’aller adorer Dieu: le mont Garizim (comme le faisaient les Samaritains) ou Jérusalem et son temple (comme le faisaient les juifs):
Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera  ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père.  Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.  Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père et esprit et en vérité ; car ce sont de tels adorateurs que le Père recherche.  Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité.

Quant à l’idée activement promue dans certains cercles dispensationnalistes selon laquelle il faut favoriser la reconstruction du Temple de Jérusalem comme signe tangible de l’approche de la fin du temps  – qui permettrait même d’en hâter la venue – il n’existe pas de notion plus éloignée de ce qu’a enseigné Jésus.  En effet, Jésus-Christ a déclaré que son propre corps était le Temple de Dieu, et que si on le détruisait, il le rebâtirait en trois jours. Il annonçait par là sa mise à mort et sa résurrection trois jours plus tard (Jean 2:18-22).  C’est du reste là tout le sens de sa prophétie concernant  la destruction finale du Temple de Jérusalem (Luc 21:5).  Le Nouveau Testament enseigne que l’Eglise, c’est-à-dire la communauté des croyants dans le monde entier, constitue le corps spirituel de Jésus-Christ, dont il est la tête.  C’est désormais ce corps des croyants, greffé en Jésus-Christ,  qui est le Temple saint de Dieu: chaque membre en constitue une pierre vivante, s’édifiant sur la pierre de base, le fondement, c’est-à-dire Jésus-Christ lui-même.  L’apôtre Paul  l’exprime comme suit dans sa lettre aux chrétiens d’Éphèse (2:19-22):
Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage ; mais vous êtes concitoyens des saints, membres de la famille de Dieu.  Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre de l’angle.  En lui, tout l’édifice bien coordonné s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur.  En lui, vous aussi, vous êtes édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu en Esprit [comparer avec 1 Pierre 2:4-10].

S’il est en revanche un signe de la fin des temps donné par Jésus-Christ à ses disciples comme mandat et mission auxquels il convient qu’ils accordent toute leur énergie, c’est bien celui de prêcher l’Évangile à toutes les nations.  En Marc 13, au milieu des signes divers qui marqueront l’approche de la fin des temps, Jésus dit aux disciples (v.10) : Il faut premièrement que la bonne nouvelle soit prêchée à toutes les nations.  Ce même mandat leur est  confié après sa résurrection et juste avant son ascension (Actes 1:8) en ces termes:
Mais vous recevrez une puissance, celle du Saint Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre.

On est alors fondé à se demander ce qui, dans les paroles du Maître, permettrait de penser un seul instant qu’une dérogation, une exemption vis-à-vis des juifs serait aujourd’hui de mise, comme le prétend soudain Rome.  Car si le mandat d’être ses témoins à Jérusalem et dans toute la Judée a expiré, d’après quel critère exégétique et sotériologique devrait-il être maintenu pour les autres nations, jusqu’aux extrémités de la terre? Je n’ai, personnellement qu’une réponse à cette question: la pierre d’achoppement que Rome tente d’éviter est bel et bien devenu Israël, et dans ses efforts pour ce faire, en s’empêtrant dans une exégèse insoutenable et contraire au sens plein et naturel de l’Écriture,  elle a préféré achopper sur la pierre de l’angle, le Seigneur Jésus-Christ.

Eric Kayayan
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