La LOI A LA LUMIÈRE DU SOLA SCRIPTURA, (par l’Écriture seulement)

par Eric Kayayan

Le motif Sola Scriptura (par l’Écriture seulement) remis en vigueur par la Réforme au 16e siècle repose avant tout sur une double compréhension christologique de cette Écriture, accordée d’une part par le Logos divin s’accommodant à la capacité humaine, celui-ci trouvant d’autre part son Incarnation en la personne à la fois divine et humaine de Jésus-Christ.  C’est aussi ce fondement-là qui scelle le caractère de Canon de l’Écriture, laquelle témoigne dans ses diverses parties du point de convergence ultime vers le Fils éternel donné par le Père dans l’histoire puis attesté dans la vie de chaque croyant de manière vivifiante par le Saint Esprit.  Tout autre point de départ pour rendre compte de l’unité de l’Écriture dans sa diversité (les principes corollaires affirmés par la Réforme du « Tota Scriptura »  – Toute l’Écriture – et du « Una Scriptura » – Une seule Écriture –) est voué à l’échec d’un émiettement rendant incompréhensible le fait même qu’il existe un Canon.  Celui-ci nous est parvenu dans une transmission séculaire non comme une agglomération aléatoire d’alluvions religieux chariés par une conscience collective particulière (c’est la thèse de l’approche sécularisée confondant théologie biblique avec anthropologie subjectiviste), mais comme témoignage prophétique et apostolique vérifié et véridique vis-à-vis de la personne de Jésus-Christ. Par delà ses divergences internes sur un certain nombre de points la Réforme a confessé avec force le caractère pleinement suffisant et l’autorité irremplaçable de ce témoignage, comme le démontre la richesse  de ses textes symboliques (ses nombreuses confessions de foi).

Deux déclarations de Jésus dans l’Évangile selon Matthieu (5:17-18 et 24:35) situées respectivement au début  et vers la fin de son ministère terrestre, attestent de cette convergence de l’Écriture (tota et una) vers sa personne ainsi que du caractère indélébile de ses paroles à la portée et l’autorité non seulement diachroniques (à travers toutes les époques historiques) mais aussi métachroniques (au-delà même de la dimension temporelle):

Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes.  Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.  En vérité je vous le dis, jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu’à ce que tout soit arrivé  (Matt. 5:17-18).

Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas (Matt. 24:35; cf aussi Marc 13:31 et Luc 21:33).

A la lumière de ces déclarations, l’actualité de la Loi, accomplie et non abolie, prend tout son relief.  Contre toute forme d’antinomisme (attitude foncièrement opposée à la notion de loi divine et de son caractère normatif pour la vie humaine) l’apôtre Paul reconnaît dans un passage crucial de l’épître aux Romains que c’est lui qui est charnel, alors que la Loi, elle, est spirituelle (Rom. 7:14); que si ce qu’il ne veut pas commettre, il le fait pourtant, il déclare, en accord avec la Loi, qu’elle est bonne (7:16) ; que s’il a été séduit par le péché à transgresser le commandement de vie qui lui était présenté, ce même commandement est devenu pour lui cause de jugement et de mort (7:10-11); qu’en fin de compte la loi est sainte, et le commandement saint, juste et bon (7:12).  Ce n’est donc pas la Loi qui est à blâmer ou à abolir pour cet état de fait, c’est bien le péché qui lui colle à la peau et réside dans ses membres comme une autre loi: loi de péché s’opposant à la Loi spirituelle (comprendre ici la Loi conforme à l’Esprit de Dieu) à laquelle il prend pourtant plaisir en son for intérieur par son intelligence spirituelle (7:22).   Cette lutte sans merci qui se livre en lui-même devient source d’un véritable déchirement, qu’il exprime par un cri de détresse suivi immédiatement d’un cri de reconnaissance lorsque la délivrance en la personne et par l’œuvre du Christ est en vue : Malheureux que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ?  Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur ! (7:25)  C’est du reste sur ce cri de reconnaissance que s’ouvre le chapitre 8 de l’épître aux Romains avec son affirmation libératrice: Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Christ-Jésus.

La Loi a donc été accomplie par Christ, lequel, par sa crucifixion, a ôté l’aiguillon de mort qu’elle contient pour tout pécheur. Elle demeure aussi pour Paul une règle de sanctification pour les croyants en ce monde jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, en tant que l’Esprit du Christ ressuscité leur insuffle l’esprit même qui a présidé à cet accomplissement: esprit d’obéissance filiale envers Dieu et d’amour vis-à-vis du prochain (les deux grands commandements dont dépendent tous les autres, Matt. 22:27-40).  Romains 8:8-10 ne prétend pas abolir un seul des commandements du Décalogue, mais au contraire en signifier cet esprit aux croyants dans leur marche quotidienne avec Dieu.

Ce qui est destiné à demeurer la règle d’une vie transformée par la reconnaissance pour le croyant mis au bénéfice de l’œuvre expiatoire de Jésus-Christ, est par là-même appelé à demeurer dans la liturgie de l’Église, pour autant que Christ soit affirmé comme le cœur de la Loi (ce que souligne du reste Calvin à maintes reprises dans ses écrits) :  en effet seule cette centralité permet d’éviter les pièges de l’antinomisme ou du pharisaïsme, tout aussi mortifères l’un que l’autre.

Une possibilité d’application concrète de ce principe lors de la lecture de la Loi durant le culte du peuple de la Nouvelle Alliance, consiste à faire suivre la lecture de chacun des dix commandements par un passage du Nouveau Testament qui en reflète ou illustre le sens en le rapportant vers son centre, tout en rendant compte du fait que le motif Sola Scriptura se décline effectivement comme « Una Scriptura » et « Tota Scriptura » sous peine d’être réduit à néant.

Voici donc pour conclure un exemple d’une telle application liturgique:

  1. Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face (Ex. 20:2-3)

Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, parmi tous et en tous (Eph. 4:5-6).

  1. Tu ne te feras pas de statue, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui es en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui use de bienveillance jusqu’à mille générations envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements (Ex. 20:4-6).

Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création.  Car en lui tout a été créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible, trônes, souverainetés, principautés, pouvoirs.  Tout a été créé par lui et pour lui (Col. 1:15-16).

  1. Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain (Ex. 20:7).

Avant tout, mes frères, ne jurez ni par le ciel, ni par la terre, ni par aucun autre serment.  Mais que votre oui soit oui, et que votre non soit non, afin que vous ne tombiez pas sous le jugement (Jc. 5:12).

  1. Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage.  Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi.  Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié (Ex. 20:8-11).

Puis il leur dit : Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat (Marc 2:27-28).

  1. Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne (Ex. 20:12).

C’est lui qui, dans les jours de sa chair, offrit à grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à Celui qui pouvait le sauver de la mort.  Ayant été exaucé à cause de sa piété, il a appris, bien qu’il fût Fils, l’obéissance par ce qu’il a souffert.  Après avoir été élevé à la perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent l’auteur d’un salut éternel, Dieu l’ayant proclamé souverain sacrificateur selon l’ordre de Melchisédek (Héb. 5:7-10).

  1. Tu ne commettras pas d’homicide (Ex. 20:13).

Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous avez livré et renié devant Pilate qui avait jugé bon de le relâcher.  Mais vous, vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé comme une faveur qu’on vous remette un meurtrier.  Vous avez fait mourir le prince de la vie, que Dieu a ressuscité d’entre les morts ; nous en sommes témoins (Actes 3:13-15).

  1. Tu ne commettras pas d’adultère (Ex. 20:14).

Vous avez entendu qu’il a été dit : « Tu ne commettras pas d’adultère ».  Mais moi je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis adultère avec elle dans son cœur (Matt. 5:27-28).

  1. Tu ne commettras pas de vol (Ex. 20:15).

Mais Zachée, debout devant le Seigneur, lui dit : « Voici, Seigneur : je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple ».  Jésus lui dit : « Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d’Abraham.  Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19:8-10).

  1. Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain (Ex. 20:16).

Les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin cherchaient quelque faux témoignage contre Jésus, pour le faire mourir. Mais ils n’en trouvèrent pas, quoique plusieurs faux témoins se soient présentés.  Enfin il en vint deux qui dirent : Celui-là a dit : « Je puis détruire le temple de Dieu et le rebâtir en trois jours (Matt. 26:59-61).

  1. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain (Ex. 20:17).

Quelqu’un de la foule dit à Jésus : Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage.  Il répondit à cet homme : Qui m’a établi sur vous pour être juge ou faire des partages ? Puis il leur dit : Gardez-vous attentivement de toute cupidité ; car même dans l’abondance, la vie d’un homme ne dépend pas de ce qu’il possède (Luc 12:13-15).

Eric Kayayan
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